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Love doll, miroirs du désir
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Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Son sourire béat en témoigne : Senji Nakajima, Japonais de 61 ans, marié et père de deux enfants, aime cajoler Saori, sa poupée grandeur nature. L’ayant d’abord achetée à des fins sexuelles, il dit avoir découvert chez elle une véritable personnalité, et, depuis, ne la quitte plus. Un cas psychiatrique ? Pas du tout ! Au Japon, il existe toute une industrie autour de ces love doll, considérées par leurs propriétaires comme des partenaires de substitution. Dans une enquête fouillée (Un désir d’humain. Les love doll au Japon, Les Belles Lettres, 2016), l’anthropologue et blogueuse Agnès Giard montre que ces poupées nippones opèrent un « brouillage » entre ce que nous, Occidentaux, avons tendance à séparer, l’humain et le non-humain, l’âme et la matière. Surtout, elles servent de miroir : en elles se reflète le désir des usagers – ou quand le moi se constitue par l’entremise d’un autre, ici bien singulier.