Lucien Jerphagnon. « Un juin 1940 à l’échelle mondiale »
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Cet article est issu du numéro 42 de Philosophie magazine « 42 - septembre 2010 », en kiosque le 26 août 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pourquoi la décadence de l’Empire romain nous fascine-t-elle tant ? Le philosophe Lucien Jerphagnon, l’un des plus fins connaisseurs de Rome et auteur d’une Histoire de la Rome antique (Pluriel), nous répond.
Voyez-vous une raison principale à la chute de l’Empire romain ?
Je me garderai bien d’en privilégier une plutôt qu’une autre. D’abord, n’oublions pas que l’Empire romain à son apogée faisait 3 300 000 km2 – l’avion a aujourd’hui fait disparaître ce sentiment d’immensité. Quand un empire a une telle surface, il est peuplé par des gens infiniment différents. Les distorsions économiques sont importantes et l’instabilité politique – qui, à partir du IIIe siècle, voit les empereurs se chasser les uns les autres à un rythme soutenu – n’arrange rien à l’affaire. Ajoutons le fatal amollissement de l’homme de troupe qui, écrit le païen Ammien Marcelin, « fredonne des airs langoureux au lieu de pousser des cris de guerre ». La défense de frontières aussi vastes va donc devenir problématique. Elle est parfois confiée à des Barbares qui pour certains, tel Alaric qui mène la première mise à sac de Rome en 410, vont se mettre à leur propre compte. Enfin, il faut garder à l’esprit que la chute de l’Empire romain s’est déroulée sur trois cents ans ! Elle commence en 180 : l’empereur Marc Aurèle aura passé une partie de son règne à défendre la frontière menacée du Danube. Et elle se clôt en 476, avec la déposition par le barbare Odoacre de Romulus Augustulus.