« Ma révolte a entretenu mon courage »
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Cet article est issu du numéro 29 de Philosophie magazine « 29 - mai 2009 », en kiosque le 30 avril 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À 17 ans, Leïla a dû choisir : promettre de se marier avec un musulman ou perdre sa famille. Pour elle, c’est le pardon qui demande le plus de courage.
« Mes parents sont issus de la première vague d’immigration algérienne en France. Mes quatre frères et moi avons grandi dans une cité, mais nous n’avions pas vraiment le droit de fréquenter nos pairs, les musulmans. J’ai compris ensuite que, pour nos parents, notre réussite était la preuve de leur intégration. On ne faisait ni foot ni hip-hop : j’ai eu un frère en équipe de France de judo pendant quinze ans ; moi, je faisais de la natation – j’étais dénudée…
Et puis, à 17 ans, mes parents m’ont mise à la porte. Ils voulaient que je leur promette que je me marierai avec un musulman, je ne le pouvais pas. Je m’étais inscrite à la faculté de sport de Nice et je ne pouvais plus rentrer tous les soirs à la maison. Dans leur tête, découcher, c’était coucher. Et transgresser une règle religieuse. Ma mère m’a dit : “Tu n’es plus notre fille, on ne peut pas être en accord avec ça.” Mes parents avaient pris le risque de nous faire ressembler à des “vrais Français”, comme ils disaient, mais ils auraient voulu que socialement et culturellement on soit arabes. Ça a été la rupture. J’ai dû faire mes bagages. À partir de là, le plus dur a été de réussir sans avoir de modèle et d’accepter que mes parents se soient trompés. J’ai continué mes études à la fac grâce à une bourse. Je n’étais pas comme les autres. Pendant cinq ans, il m’a fallu rester tendue vers l’objectif : le Capeps. Souvent, c’était difficile, matériellement et affectivement, mais le plus dur était de garder le cap même si cela me séparait de mes racines. Pendant ces années, le sentiment de révolte que j’avais face à mes parents a entretenu mon courage. Je leur en voulais de me reprocher de n’être pas ce qu’ils ne m’avaient pas inculqué. J’étais parfois fatiguée, affectée. Mais la haine donne l’intensité de la force, une énergie supplémentaire. Et puis, j’ai rencontré des gens, parfois un peu plus âgés, qui me donnaient le courage de continuer un peu plus. Il en fallait pour se construire une vie amoureuse aussi. Comment devenir une femme quand c’est cela qui a été la raison de la rupture avec tes racines ?