Marathon ou la bataille des mots

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Cet article est issu du Hors-série n°30 de Philosophie magazine « Le miracle grec », en kiosque le 01 juillet 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour l’helléniste Nicole Loraux, l’oraison funèbre de Lysias est un acte de propagande destiné à valoriser Athènes ; le récit des faits y disparaît pour faire place au discours idéal de la cité. Au - IVe siècle, un siècle après la bataille, Marathon est ainsi devenu une idée, apte à nourrir une idéologie.

Où sont les actes ? Telle est la question que se pose le lecteur moderne. C’est alors que l’on se trouve confronté au paradoxe majeur de ce genre de textes. Il s’agit d’une bataille et aucun récit de bataille ne nous est fait, aucune précision n’est donnée sur le déroulement des opérations.

[…] Marathon est […] une bataille idéale, un modèle : à Marathon devient pour la première fois intelligible le rapport complexe qui unit et oppose Athènes au reste de la Grèce et à l’adversaire barbare. […]

C’est pourquoi le centre du récit n’est pas une action, mais un logos.

“Marathon” est donc l’origine radieuse et mythique de l’histoire d’Athènes. C’est pourquoi l’on a pu passer, sans qu’aucune distinction soit faite entre mythe et histoire et sans transition, des Athéniens de la légende, vainqueurs des Amazones et protecteurs des opprimés, aux hommes de Marathon.

“Marathon”, charnière entre la légende et l’histoire d’Athènes, devient une idée.

[…] Une des caractéristiques de toute idéologie est d’être l’unité d’un rapport réel et d’un rapport imaginaire à des conditions réelles d’existence. Et en effet, nous voyons ici s’imbriquer étroitement deux images du temps ou plutôt deux rapports au temps : un rapport réel dans lequel Athènes, qui ne dispose plus du présent, se met à vivre au passé ; un rapport imaginaire qui dissimule le premier, et selon lequel l’histoire devient mythe, pour permettre aux Athéniens de se persuader qu’ils sont encore maîtres du temps.

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