Portrait
Mathias Malzieu, conteur à vif
© Camille Ferrand/PM
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Cœur battant du groupe de rock Dionysos, écrivain à la plume atypique, Mathias Malzieu se dévoile dans un nouveau roman où il raconte son deuil de la paternité, L’Homme qui écoutait battre le cœur des chats (Albin Michel, 2025). Amateur de poésie, celui qui se définit comme « créateur de monde » l’est aussi de philosophie. Nous l’avons rencontré sur l’eau, entre sa péniche et son paddle. Portrait.
C’est sur sa péniche que Mathias Malzieu nous accueille. Le « vieil enfant à vibrisses », comme il se désigne dans son roman, porte T-shirt, casquette Stars Wars et veste de costume marron glacé. Il nous présente les deux stars de son récit, un Scottish straight beige tirant vers le marron et un British shorthair noir aux yeux orange, qui lézardent contre la vitre sur laquelle se réfléchit le soleil. Trois grattouilles et puis s’en va. Car l’essentiel se passe au sous-sol : il faut descendre quelques escaliers pour pénétrer dans son atelier, là où la magie opère. On ne peut pas dire que la décoration, à l’allure surréaliste, fait dans le minimalisme. C’est un beau capharnaüm. Un cocktail dionysiaque, mélange de mille mondes. Des guitares accrochées au mur, toutes sortes de décorations, de livres et d’éléments de pop culture. On ne sait où donner de la tête tant des milliers d’imaginaires se côtoient, de Tim Burton à Lewis Carroll en passant par Jean Cocteau et Star Wars. Peut-être vers ce grammophone des années 1930, que l’occupant des lieux nous branche. Nous voilà plongés un siècle en arrière. Un hamac traverse l’atelier. Du hublot, on suit d’un peu plus près le cours du fleuve. « C’est le pays des reflets », avance le chanteur de Dionysos. Le lit de la Seine, en bordure de sa péniche, est pour lui un royaume. Celui des songes, de l’imagination. C’est près de lui qu’il passe le plus clair de son temps, à fendre le courant avec sa pagaie, debout sur son paddle. Une échappatoire pour le miraculé, greffé de la moelle osseuse après une grave maladie il y a une dizaine d’années. Son histoire est celle d’une résilience à tous crins. De cette période difficile, il tire un roman, Journal d’un vampire en pyjama (2016). Depuis, il prend la vie avec légèreté et ivresse. Non pas comme une urgence, mais avec intensité. Pour faire honneur à ce supplément de vie, à ces « dix ans de bonus », aime-t-il dire. Et la poésie comme la philosophie l’y aident.
Raconter le chagrin de la perte
Allongé dans un hamac rouge vif façon séance de psychanalyse, l’écrivain-chanteur revient sur son dernier ouvrage, dans lequel il raconte comment sa femme a subi une fausse couche qui a failli lui coûter la vie, et le deuil qu’il a dû faire de son désir d’enfant. « J’ai écrit une première version du livre qui s’appelait Réparer l’enfant, sans les chats. C’était deux chapitres : la vie qu’on a aujourd’hui et la vie qu’on aurait eue s’il y avait l’enfant », avance-t-il. Même si le dispositif était pour lui très excitant, il s’est rapidement essoufflé. « Une petite victimologie insidieuse s’installait », précise-t-il sans ambages. Alors il a fallu changer radicalement de cap. Cesser la « victimologie » pour mieux s’abandonner à l’écriture et à son histoire. Et passer par les chats. « Un jour, dans ce hamac, il y avait un recueil de poèmes qui traînait et June l’a mâchonné », glisse-t-il avec un léger sourire qui point sous sa moustache. « Je me suis dit qu’elle pourrait, comme nous on dévore les livres, se nourrir de littérature et prendre la parole. » Passer par les chats lui a permis un « humour poétique » en allant, paradoxalement, « plus profond » que dans la première version du livre. Mais il ne s’est pas arrêté là. Comme pour la fable gothique de La Mécanique du cœur (2007, adapté en film en 2013) et L’Extraordinarium (2023), recueil de nouvelles surréalistes, il a sorti un album en parallèle du roman, qu’il décline actuellement en spectacle. Un show hybride entre théâtre, concert et lecture, qui touche en plein cœur, partout où il passe. Dans la vie qu’il mène aujourd’hui, le chanteur de Song for Jedi (2002) place à équidistance la littérature et la musique. Comme pour dire que sans l’un ou l’autre, il n’est plus tout à fait lui-même et que sa vie est incomplète.