Matière à penser
Matière à penser / Mai 2013
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Cet article est issu du numéro 69 de Philosophie magazine « 69 - mai 2013 », en kiosque le 24 avril 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La personnalité / Toyo Ito
Architecte deleuzien
« L’art commence non pas avec la chair, mais avec la maison ; ce pourquoi l’architecture est le premier des arts », écrivait Deleuze dans Qu’est-ce que la philosophie ? (Minuit, 1991). Il voulait dire que nous ne commençons pas par avoir un corps pour édifier ensuite l’espace au dehors, mais que notre corps n’existe qu’à partir de la délimitation première d’un territoire sur le fond duquel il pourra se dresser et évoluer comme le dedans de ce dehors. L’architecte Toyo Ito, qui vient de recevoir le prestigieux prix Pritzker, l’équivalent du Nobel pour les architectes, s’inscrit dans cette vision de l’architecture comme art « premier ». Né de parents japonais à Séoul en 1941, diplômé de l’université de Tokyo, il a commencé par l’architecture domestique avant d’être sollicité pour des commandes publiques et en a conservé le refus de la monumentalité et l’idée que l’architecture est comme le « vêtement » des citadins. Ses créations sont souples, éphémères, malléables : La Tour des vents, à Yokohama, révèle sa structure une fois le jour tombé et s’illumine en fonction des variations sonores et… du vent ; le musée de Shimosuwa, qui ne pouvait être implanté que sur une bande de 200 mètres de long au bord d’un lac, dessine une vague en pleine ascension pour assimiler le site où il s’inscrit ; la médiathèque de Sendai, constituée de six plateaux assemblés sur des colonnes, est recouverte par une véritable « peau » de verre. Ses constructions ressemblent, pour parler comme l’auteur de Mille Plateaux, à des « blocs de sensations et de sentiments » qui « tiennent debout tout seuls ». Comme nombre d’architectes contemporains, Toyo Ito se revendique de Deleuze. Il semble être l’un des rares à avoir trouvé en lui une vraie source d’inspiration.