Le diable dans les détails

Mécènes à contre-pied

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Cet article est issu du numéro 47 de Philosophie magazine « 47 - mars 2011 », en kiosque le 24 février 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le Louvre a acquis un tableau de Lucas Cranach grâce au succès d’une souscription publique. Mais ce « mécénat démocratique » a-t-il pour autant vocation à se substituer au mécénat tout court ? Lorsque le goût du lucre a pris le pas sur le goût des arts chez les plus riches, cela paraît, hélas !, inévitable.

Grâce à la générosité de plus de 5 000 donateurs, Les Trois Grâces, de Lucas Cranach, vont entrer au musée du Louvre. Le Louvre n’avait pas les moyens de payer le million d’euros qu’en demandait le vendeur et a fait appel à la générosité publique. On peut se féliciter de voir que le mécénat se démocratise. Précisons que les campagnes de souscription publique sont encore aujourd’hui fréquentes : en faveur de grandes causes (les Restos du cœur, le Téléthon) ou de monuments en péril comme des églises. Ce qui est plus original, c’est de voir ici le mécénat pris à contre-pied.

On sait que Caius Cilnius Maecenas, devenu pour nous Mécène (70-8 av. J.-C.), était un homme politique romain proche de l’empereur Auguste qui consacra sa fortune à promouvoir les arts et les lettres. Ce pourquoi Virgile, Properce et Horace le célébrèrent. Un mécène est donc, en principe, un homme riche qui consacre tout ou partie de sa fortune à la promotion des arts et des artistes. C’est en ce sens que nombre de grands industriels américains (Carnegie, Mellon, Rockefeller) ont été des mécènes en donnant une partie de leurs collections aux grands musées. C’est aussi en ce sens que la famille de Ménil, Sylvie et Éric Boissonnas ou Pierre Bergé ont été, en France, des mécènes. Un mécène fait profiter la collectivité d’une partie de sa fortune. Il le fait par amour des arts, par sentiment que sa richesse n’a pas été acquise que par ses propres talents, et parfois aussi parce que c’est fiscalement intéressant. En ce sens, madame Liliane Bettencourt est, elle aussi, une mécène : elle finance de nombreuses initiatives dans la recherche et les arts, et le fait qu’elle se trompe sur le génie de François-Marie Banier fait partie des risques du mécénat… On a les Virgile, Horace et Properce que l’on trouve.

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