Science / Théorie de l’évolution
La bipédie n’est pas le propre de l’homme
Ron Clarke avec le crâne de Little Foot (cc) Wikimedia Commons / Wits University
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Cet article est issu du numéro 116 de Philosophie magazine « Peut-on désirer sans dominer ? », en kiosque le 11 janvier 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le 6 décembre a été présenté le squelette de Little Foot, un australopithèque, vieux de 4 millions d’années et pourtant capable de se tenir sur ses pieds. Une remise en question du récit de nos origines ?
Il a fallu vingt ans pour extraire cet ancêtre vieux de 3,67 millions d’années de sa gangue de pierre et le reconstituer à 90 %. C’est surtout un détail qui a frappé les scientifiques : la longueur de ses jambes par rapport à ses bras, qui indique la bipédie. « Ce que Little Foot nous montre, c’est que l’image représentée dans nos livres de nos ancêtres marchant à quatre pattes puis se relevant progressivement est totalement fausse », explique Ronald C. Clarke, le paléontologue à l’origine de cette découverte. Ce dernier trait confirme une hypothèse mûrie depuis des dizaines d’années chez les paléontologues, dont nous avions déjà envisagé les conséquences philosophiques et anthropologiques en 2010 (lire Philosophie magazine n° 35).
Étant donné que Little Foot est un ancêtre commun aux grands singes et à l’espèce Homo et qu’il était essentiellement bipède, cette bipédie ne peut plus être ce à partir de quoi nous définissons l’humanité. Si nous tenons autant à l’exclusivité de la bipédie, c’est qu’elle charrie avec elle des significations métaphysiques fortes, et ce depuis l’Antiquité. Déjà Aristote avançait que « l’homme est le seul des animaux à se tenir droit, car sa nature et son essence sont divines ». Dans les Parties des animaux, le philosophe fait de la bipédie le signe de l’élan vertical de l’âme vers la perfection et le divin, la tête étant ainsi « en rapport avec l’axe du monde ». Et pour Hegel, la station droite « exprime déjà une signification spirituelle ». La verticalité se conquiert par la volonté, comme on l’observe chez les enfants qui, après de nombreuses chutes, se mettent à marcher d’un pas peu assuré. L’homme qui marche sur ses deux jambes, c’est l’homme qui fait triompher l’esprit sur la matière, la liberté sur l’inertie naturelle.