Entre les lignes, une petite phrase décryptée
Michel Houellebecq : « Elvis Presley est plus important que Mai 68 »
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Cet article est issu du numéro 16 de Philosophie magazine « 16 - février 2008 », en kiosque le 24 janvier 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’année 2007 aura été un sale moment pour Mai 68. Chacun se rappelle le discours prononcé par Nicolas Sarkozy entre les deux tours de l’élection présidentielle. D’après le futur Président, « Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de Mai 68 avaient imposé l’idée que tout se valait, qu’il n’y avait aucune différence entre le bien et le mal », et désormais, la France était appelée à un choix radical : « Dans cette élection, il s’agit de savoir si l’héritage de Mai 68 doit être perpétué ou s’il doit être liquidé une bonne fois pour toutes. »
Michel Houellebecq, qui n’est jamais là où on l’attend, est revenu sur ce débat lors de sa visite aux étudiants chiliens de l’université catholique de Santiago du Chili. On savait déjà que pour l’auteur d’Extension du domaine de la lutte, la libération sexuelle attachée à Mai 68 se traduit aujourd’hui par une économie d’exclusion, qui produit quelques fortunes mais surtout beaucoup de misère sentimentale. Un constat sombre, mais encore loin de l’enfer relativiste dépeint par Nicolas Sarkozy. Or, par sa référence à Elvis Presley qui reprend implicitement l’idée allégorique de Greil Marcus, selon laquelle l’histoire du XXe siècle est l’histoire du rock’n’roll, Houellebecq rétablit avec humour mais aussi avec pertinence la généalogie de Mai 68, contre tous les discours confus et les faux procès.