Réforme territoriale: mais où est la carte de la carte ?

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Réforme territoriale: mais où est la carte de la carte ?

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Cet article est issu du numéro 81 de Philosophie magazine « 81 - été 2014 », en kiosque le 03 juillet 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Quand un obscur philosophe polonais redécouvert par Michel Houellebecq éclaire les enjeux du redécoupage des régions.

« Une carte n’est pas le territoire » : cette citation, qui a inspiré à Michel Houellebecq le titre de son dernier roman, est due à un philosophe et logicien polonais méconnu, Alfred Korzybski. Dans un article de 1931, « Un système non aristotélicien nécessaire pour la rigueur en mathématiques et en physique », Korzybski avance une réflexion sophistiquée sur les limites de la logique traditionnelle. À propos de la construction des cartes – l’un des problèmes dont traite cet ambitieux article –, il donne un exemple plutôt simple. Considérons trois lieux réels du territoire, par exemple Lille, Paris et Marseille. Supposons que nous les placions sur une carte sommaire et que nous posions sur une ligne, l’un après l’autre, dans cet ordre, trois points : Paris, Marseille, Lille. L’automobiliste qui voyagera à travers le territoire français en suivant cette carte sera amené à faire un tour aberrant : il ira de Paris à Marseille avant de gagner Lille, ce qui le fera rouler sur 1 775 kilomètres, là où une bonne carte lui aurait permis de faire 1 000 kilomètres seulement. Mais qu’est-ce qu’une bonne carte ? C’est, répond Korzybski, une carte qui a « une structure similaire à la structure du territoire ». Pour être plus précis encore, il faut que les deux structures aient « les mêmes caractéristiques logiques ».

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