Hors-série "Le monde Michel Serres"
Michel Serres, le renard enthousiaste
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 39 de Philosophie magazine « Le monde selon Michel Serres », en kiosque le 11 octobre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Contre ceux qui peignent Michel Serres en optimiste béat, l’écrivaine et philosophe Florence Ehnuel brosse le portrait d’un homme attentif aux menaces que peut engendrer le progrès mais soucieux de contrebalancer l’alarmisme des « grands-papas ronchons », en soulignant les avancées de l’histoire humaine. Plutôt que d’optimisme, son ancienne élève préfère parler d’un enthousiasme teinté de spiritualité.
On adresse souvent à Michel Serres cette remarque, un peu condescendante : « Vous êtes un optimiste ». Il est vrai qu’il se range dans le camp de ceux qui revendiquent que « c’est mieux maintenant » qu’avant mais il ne se revendique pas tout à fait comme optimiste. En grand lecteur de Leibniz, il sait bien que le monde n’est pas parfait et que l’univers est seulement « le meilleur possible ». Il n’y a pas de monde qui ne soit que bénéfique. Michel Serres l’affirme souvent : tout bénéfice a un coût. Un progrès n’est donc qu’un équilibre, et la balance ne penche jamais que d’un seul côté : dans Statues, il analyse ainsi les conséquences d’un monde qui se libère de la religion instituée mais retombe dans l’archaïsme du sacrifice. Et dans Le Contrat naturel, comme dans Le Mal propre, il examine les conséquences délétères d’un progrès technique oublieux de notre nécessaire symbiose avec la nature.