Littérature

Mon été avec “Ulysse” de Joyce, par Alexandre Lacroix

Temps de lecture : 7 min

Mon été avec “Ulysse” de Joyce, par Alexandre Lacroix

© Nathan Haight/Unsplash-Gallimard

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Ulysse (1922), le roman de l’Irlandais James Joyce, passe pour un chef-d’œuvre aussi déroutant que fascinant. Alexandre Lacroix nous raconte en quoi cette histoire de paternité et de filiation l’a bouleversé… et donne quelques points de repère pour s’y retrouver dans ce labyrinthe. 


 

Lorsque j’avais vingt ans, j’ai passé un été entier en compagnie d’Ulysse de James Joyce, dans la traduction de Valéry Larbaud revue par l’auteur, en Pléiade. Ce fut l’une des lectures les plus importantes de ma vie. La précision de l’édition est importante, car sans les nombreux commentaires et notes du Pléiade, je n’aurais pas été capable de progresser dans ce roman difficile, il m’aurait manqué des clés. Je voudrais à présent, sous forme condensée, et pour ceux qui voudraient passer l’été en compagnie de ce chef-d’œuvre, fournir quelques repères, un mode d’emploi aussi léger et utile que possible.

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L’action d’Ulysse tient en une seule journée, le 16 juin 1904, et chaque chapitre adapte librement un chant de l’Odyssée d’Homère dans la ville de Dublin. 

Du point de vue formel, Ulysse n’a aucun équivalent, car il n’a pas un style unique mais présente successivement toutes les techniques d’écriture existantes.

Il y a la narration en flux de conscience, dans le chapitre IV (transposition de Calypso), où Joyce cherche à restituer les bouts de phrases bizarres, inachevées qui trottent dans la tête de son personnage Leopold Bloom, qui vont de l’envie de manger des rognons à des considérations tordues sur le lait qu’il donne à sa chatte.

Mais il opère des tours de force bien plus impressionnants. Dans le chapitre X (Les Rochers errants), presque illisible, on assiste à l’entrelacement des monologues intérieurs des divers passants d’une rue de Dublin, ce qui plonge le lecteur dans un chaos aléatoire, un brassage d’observations et d’émotions restituant le paysage mental de la ville. 

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