Témoignage

Mona Ozouf: “Un surmoi révolutionnaire persistant”

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Cet article est issu du numéro 30 de Philosophie magazine « 30 - juin 2009 », en kiosque le 28 mai 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Philosophe et spécialiste de la Révolution, Mona Ozouf a publié “Composition française” (Gallimard, 2009), où elle rassemble les éléments d’une identité française éclatée, entre enfance bretonne et amour de l’école républicaine. Selon elle, les Français ont mis en place un régime bien moins radical qu’ils ne le revendiquent.

« Il faut pour gouverner la France des propos violents et des actes modérés » : tel est, pour illustrer l’esprit français, le diagnostic de Gambetta.

Propos violents ? En effet, la parole modérée est inécoutable en France. Songeons aux commentaires qui ont accablé Michel Rocard, qui avait dit que la France ne pouvait accueillir toute la misère du monde, ou Lionel Jospin ayant fait observer que l’État ne peut pas tout. Au crédit de la formule de Gambetta, on pourrait encore verser la méfiance française pour le compromis, constamment assimilé à la compromission, pour le mépris de la réforme, pour la conviction que le choix politique doit s’exercer, non entre le plus ou moins souhaitable, mais entre le Bien et le Mal. Et pour la propension maximaliste, qu’a si bien définie Renouvier, en pointant l’un des traits les plus constants et, selon lui, les moins heureux du tempérament français : le goût de l’absolu, qui persuade les Français que « tout ce qui n’est pas encore l’idéal est chimère ».

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