Découverte

Monique Wittig, portrait d’une féministe radicale

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Monique Wittig, portrait d’une féministe radicale

Monique Wittig (1935-2003), écrivaine, philosophe et militante féministe lesbienne française. Verderonne (Oise), juillet 1971. © Catherine Deudon/Roger Viollet

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En avril, les Éditions de Minuit ont republié deux textes de l’autrice féministe Monique Wittig : Dans l’arène ennemie et Virgile, non. Longtemps oubliée, Wittig est pourtant une figure emblématique du Mouvement de libération des femmes et une pionnière des études de genre. 

L’occasion de découvrir l’œuvre d’une militante et romancière singulière, en passe de devenir culte.  


 

Le 26 août 1970, Monique Wittig (1935-2003) avance avec neuf autre femmes sur les Champs-Élysées. En soutien à la manifestation du Women’s Liberation Movement qui a lieu le jour même à New York, aux États-Unis, elles posent une gerbe de fleurs au pied de l’Arc de Triomphe. Sur leur banderole, on peut lire : « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu – sa femme ». Le lendemain, les journaux prennent acte de la création du Mouvement de libération des femmes (MLF). Mais, six années plus tard et alors que Wittig compte parmi les grandes théoriciennes du MLF, elle rompt avec le mouvement et s’exile aux États-Unis.

Les années Wittig

En effet, très vite, Monique Wittig dérange au sein du MLF. À sa création, le Mouvement unit les femmes sous le signe de la « sororité » : les militantes françaises traduisent le concept américain de « sisterhood », popularisé en 1970 par l’ouvrage de Robin Morgan Sisterhood is Powerful. Mais des divergences apparaissent ensuite entre les féministes hétérosexuelles et les lesbiennes radicales telles que Wittig. Ces dernières se sentent « invisibilisées » par le féminisme du MLF, qui ne remet pas en cause les normes hétérosexuelles. Le MLF, en se battant pour toutes « les femmes », réaffirmerait la différence sexuelle entre « homme » et « femme » et, avec elle, le régime hétérosexuel. Pour les lesbiennes radicales, en effet, l’hétérosexualité n’est pas un choix mais un système normatif. Elles reprennent à leur compte les théories féministes matérialistes qui analysent les rapports antagonistes entre hommes et femmes comme des rapports de classe. Cette pensée imprégnée de marxisme inspire Wittig, qui théorise le lesbianisme radical. Elle affirme que « homme » et « femme » sont deux classes sociales antagonistes et qu’une lutte des sexes doit aboutir à la disparition de ces deux classes – et donc du genre. Dans cette perspective, les lesbiennes, elles, sont des « transfuges », dans la mesure où leur sexualité échappe aux rapports de domination qui régissent le contrat hétérosexuel. Wittig veut rendre visible cette dimension proprement révolutionnaire du lesbianisme et participe donc à la création des Gouines rouges en avril 1971. Mais les oppositions du MLF à son projet de création d’un Front lesbien international la poussent à partir aux États-Unis avec sa compagne Sande Zeig en 1976. Dans des lettres privées qu’elle écrit depuis les États-Unis au début des années 1980, elle revient sur cette période d’activisme au sein du MLF qu’elle qualifie alors de « séjour en enfer ». Elle dit avoir été victime d’une véritable « purge » : « En France, les féministes ne voulaient pas qu’on créé des groupes lesbiens, j’étais toujours la tête de Turc », écrit-elle dans Libération le 23 juin 1977.

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