La citation décryptée
“Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste” : la citation de Pascal commentée
Blaise Pascal. ©Bridgeman Images
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Les débats actuels sur le droit du plus fort et l’impossibilité de faire respecter les règles sans la force ne datent pas d’hier. La preuve, avec cette citation à première vue dérangeante de Blaise Pascal. Nous la décryptons pour vous.
Cette phrase dérangeante de Pascal a fait couler beaucoup d’encre. On a voulu y voir une légitimation du droit du plus fort ou de la coutume, du machiavélisme ou de la toute-puissance de l’État. Elle prend une acuité particulière avec la situation géopolitique actuelle – en particulier en Ukraine ou à Gaza – qui voit la force décider partout du juste et de l’injuste. Mais qu’a voulu dire Pascal exactement ?
Distinguer le droit et le fait
Replaçons d’abord cette phrase dans son contexte. Elle clôt le fragment 298 des Pensées, où Pascal médite sur les rapports qu’entretiennent la force et la justice. Il y distingue le droit et le fait. En droit, la justice, pour être juste et efficace, doit être suivie d’effets, ce qui implique qu’elle fasse usage de la force (« la justice sans la force est impuissante »). En fait, la force, à laquelle nul ne peut résister, s’impose toujours et bien souvent sans se soucier de justice, ce qui la rend injuste (« la force sans la justice est tyrannique »).
Loin d’être harmonieux, le rapport entre la justice et la force est donc dans les faits un rapport de force qui tourne à l’avantage de la force. Pourquoi ? Parce que la justice est « sujet à dispute ». Elle peut être contredite. Pas la force. Aussi celle-ci l’emporte-t-elle toujours et tire de cette réalité sa propre justification : c’est la force qui décrète ce qui est juste. Mais plutôt que de contester en vain ce qui semble scandaleux pour la raison, les hommes s’accommodent de cet état des choses et finissent par accorder que ce qui est fort est juste. Pascal décrit ici un paradoxe : les hommes reconnaissent la valeur de la justice. Mais comme ils n’ont pas trouvé le moyen d’assurer sa force, ils ont préféré donner à la force l’apparence de la justice.