Théâtre

“Neandertal” : génome des cavernes

Temps de lecture : 2 min

“Neandertal” : génome des cavernes

Neandertal, texte et mise en scène David Geselson.© Simon Gosselin

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 177 de Philosophie magazine « Que peut-on opposer à la violence ? », en kiosque le 15 février 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans cette pièce aux allures de saga haletante, l’auteur et metteur en scène David Geselson explore la façon dont la quête du passé de l'humanité se confond avec notre propre histoire.

 

Qu’est-ce qui a fait de nous ce que nous sommes ? Cette question philosophique guide la saga haletante du metteur en scène David Geselson. Elle débute par la rencontre inopinée de deux scientifiques spécialistes de l’ADN, à l’occasion d’un colloque à Berkeley, dans un abri qui a plutôt l’air d’une grotte préhistorique plongée dans le noir – celui des obscurités de notre histoire. Car Rosa et Lüdo s’enamourent, partageant une même obsession pour la quête des origines. Elle les conduit à décrypter le génome de l’homme de Neandertal, attestant sa parenté avec Homo sapiens, donc le métissage entre nos ancêtres. David Geselson s’inspire de l’existence rocambolesque de Svante Pääbo, paléogénéticien lauréat du prix Nobel de médecine en 2022… comme son père, Sune Bergström, quarante ans plus tôt ! Où l’exploration du passé de l’humanité se confond avec celle de sa propre histoire. Le chercheur témoigne en effet dans son autobiographie – Neandertal, à la recherche des génomes perdus (Les Liens qui libèrent, 2015) – avoir été l’enfant illégitime de son géniteur, lequel menait une double vie. Le grand récit de l’homme et celui, intime, des protagonistes se lient enfin à l’histoire contemporaine, alors que les scientifiques parcourent les laboratoires, de Munich à Zagreb, à la recherche de précieux ossements, en passant par Jérusalem, où l’actualité met en lumière des déchirements identitaires mais où, autrefois, nos aïeux se mêlèrent. Ce spectacle virtuose rappelle, comme l’écrit le sociologue Gérald Bronner dans Les Origines, que « chacun scrute ses origines un peu comme les anciens imaginaient une matrice originelle » mais que, le plus souvent, « ce n’est pas seulement pour comprendre mais pour demander des comptes ». Or, contre toute forme d’assignation identitaire déterministe, Gérald Bronner souligne combien « le social et le biologique s’entrelacent pour faire de nous ce que nous sommes. En réalité, nous sommes des êtres hybrides. Le récit de nos origines est donc extraordinairement complexe ». En l’occurrence, cette complexité passionne !

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

MythePrincipe