Sciences
Le Nobel de chimie pour « le couteau suisse de l’édition du génome »
Emmanuelle Charpentier (à g.) et Jennifer Doudna (à d.), lauréates du Prix Princesse des Asturies de recherche scientifique et technique 2015, échangent une poignée de mains lors d’une conférence de presse, le 21 octobre 2015. © J. L. Cereijido/EFE/SIPA
Le prix Nobel de chimie a été décerné, ce mercredi, à la Française Emmanuelle Charpentier et à l’Américaine Jennifer Doudna. Les deux femmes sont à l’origine de la mise au point, en 2012, d’un nouvel outil d’édition du code génétique. Ces « ciseaux moléculaires », baptisés du nom de Crispr-Cas9, utilisent les propriétés étonnantes de la protéine Cas9, capable de couper au bon endroit une séquence ADN. Il suffit, pour l’orienter, de lui adjoindre une information – une section d’ARN (acide ribonucléique) correspondant à la portion d’ADN que l’on souhaite modifier. Beaucoup plus efficace, moins complexe, et moins chère que les outils précédemment utilisés, l’utilisation de Crispr-Cas9 s’est généralisée dans la plupart des laboratoires de génie génétique à travers le monde. Traitement des maladies génétiques, amélioration des transplantations d’organes, remède à certaines maladies infectieuses… les applications potentielles de cette nouvelle technique sont innombrables. La méthode pose néanmoins, parce qu’elle s’immisce dans le secret le mieux gardé de la vie, des questions philosophiques, éthiques et juridiques. Elle avait d’ailleurs été utilisée en 2018 par le biophysicien chinois He Jiankui afin de « créer » les premiers bébés génétiquement modifiés. L’annonce avait alors suscité de vives polémiques. Les techniques d’édition génétique posent, cependant, une question plus radicale encore : peut-on non seulement transformer la vie, mais aussi la créer de toute pièce ?