Nihilisme

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Cet article est issu du numéro 76 de Philosophie magazine « Peut-on être honnête et réussir ? », en kiosque le 23 janvier 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Lenzerheide, du 8 au 12 juin 1887

« Ici, vous trouverez des infrastructures idéales pour les familles, les sportifs ou ceux qui aiment s’offrir ce qu’il y a de mieux, mais loin de l’agitation et du bruit. Le lac de Lai, avec l’aire aménagée de son aimable Lido, procure de nombreuses distractions pour toute la famille. Pour les aventures sur l’eau, on peut louer des pédalos, des vélos aquatiques, des planches et des barques à voile. » Tel est aujourd’hui le descriptif de Lenzerheide, dans le canton suisse des Grisons, sur le site de son syndicat d’initiative. Sans doute serait-il inopportun de rappeler dans cette présen­tation qu’à Lenzerheide, en juin 1887, dans une chambre humide avec une fenêtre donnant sur une paroi rocheuse et le jambon envoyé par sa mère, tenu au frais dans un torchon, l’humeur de Nietzsche était on ne peut plus rétive à l’usage du pédalo et du vélo aquatique. C’est ici, en effet, que Nietzsche a écrit les quelques pages de son Nihilisme européen, sorte d’apocalypse sans rédemption. La thèse : l’humanité avance inexorablement vers le pire, des masses en quête de destruction se précipitent vers le néant comme des pierres qui roulent. C’est parce que l’humanité européenne ne sait pas répondre à la question « À quoi bon ? », dit Nietzsche, qu’elle sombre dans la plus atroce des dépressions.

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