Nirvana, mode d’emploi
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Cet article est issu du numéro 54 de Philosophie magazine « 54 - novembre 2011 », en kiosque le 27 octobre 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le bouddhisme propose une voie de salut fondée sur une hypothèse à la fois simple et radicale : et si, à l’origine de toute souffrance, il y avait l’illusion du moi ? Éclaircissements du philosophe et spécialiste de la pensée indienne Michel Hulin.
Le bouddhisme affirme que la condition humaine est surtout douloureuse. Qu’en est-il exactement ?
Michel Hulin : C’est la première noble vérité énoncée par le Bouddha : « Tout est souffrance. » Le Bouddha ne veut pas nier l’existence de moments agréables et d’expériences joyeuses. Il constate que la joie est indissociable de la souffrance. Elle n’est qu’une résolution ou un répit momentané de nos douleurs – de la même façon que je suis soulagé lorsque j’enlève un caillou dans ma chaussure qui m’empêchait de bien marcher et me faisait mal. Le plaisir n’existe que sur fond de dolorosité. Je ne suis jamais véritablement joyeux car toujours déjà en train d’anticiper que cela ne durera pas. La souffrance vient de mon incapacité à me tenir simplement dans l’instant sans ajouter un « pourvu que la joie demeure, que la jouissance soit plus intense, que la douleur ne revienne pas ».
C’est le cas de toutes les sortes de souffrance ?
Oui. Le Boudhha distingue trois niveaux de douleurs. Il y a la souffrance proprement dite (« dukkha-dukkha »), où douleur physique et souffrance morale ne sont pas distinguées : s’y retrouvent les maladies, les deuils, les déceptions, etc. Puis vient la souffrance liée à l’impermanence (« viparinama-dukkha ») : du fait de l’évanescence du plaisir, la tension constituée par le désagréable finit par être présente dans l’agréable. Ces considérations ont amené les philosophes du XIXe siècle, tel Schopenhauer, à voir dans le bouddhisme un nihilisme. Il faut dépasser ce jugement : cette noble vérité n’est qu’un point de départ. L’origine de la souffrance, c’est la soif, le désir, toujours insatiable et toujours insatisfait.