“Non, mère, dit-il, je suis bête”

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Cet article est issu du numéro 76 de Philosophie magazine « Peut-on être honnête et réussir ? », en kiosque le 23 janvier 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Röcken, 15 octobre 1844

Nous sommes presque au commencement, qui en apparence est simple, et voici que se complète le voyage à rebours dans le temps et dans l’espace, en remontant un fleuve qui n’est, par exemple, ni Danube de Claudio Magris, ni La Moselle d’Ausone, ni le Mékong d’Apocalypse Now, mais le cours de la vie de Nietzsche, depuis son estuaire turinois, la maison où il est devenu fou, jusqu’à sa source à Röcken, en Saxe, où il est né et où, sans surprise, se trouvent ses origines, ses totems et ses tabous. Selon les estimations d’un navigateur automobile actuel, l’ensemble du voyage représente 7 034,4 kilomètres, avec un temps de conduite de huit jours, six heures et quarante-deux minutes. Il a fallu à Nietzsche quarante-quatre ans pour l’accomplir. La vie du grand voyageur se déroule au début dans ce mouchoir de poche, véritable jardin d’enfants : Röcken, Naumburg, Leipzig – aujourd’hui, en voiture, on peut voir les trois en moins d’une heure.

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