Clivages
Nord/Sud
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Cet article est issu du numéro 49 de Philosophie magazine « 49 - mai 2011 », en kiosque le 27 avril 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Après la partition Est-Ouest, voici la nouvelle grille de lecture « géo-philosophique » du monde. Elle oppose la raison industrieuse du Nord à la passion brûlante du Sud. Et révèle notre aspiration à un ailleurs.
Depuis la chute du mur de Berlin, le couple Nord-Sud a supplanté, dans la lecture du monde, l’opposition Est-Ouest. Aujourd’hui, on a, d’un côté, les pays développés ; de l’autre, les pays émergents ou en voie de développement. Et même si les chocs entre ces deux parties sont possibles pour l’avenir, leurs rapports, pour l’heure, ne sont pas franchement antagonistes. Cette nouvelle lecture du monde est intéressante, car les deux pôles jouent ici un rôle qui va bien au-delà de leur simple fonction géographique et magnétique. Ils incarnent des valeurs, des modes de vie, des qualités, voire des philosophies différentes. Le Nord est ainsi censé être industriel, moderne et rationnel, tandis que le Sud sera rural, traditionnel et passionnel.
Cela fait un peu cliché, mais le plus étonnant est que l’usage de ce clivage semble se répéter dans chaque territoire, même le plus infime. Partout, il semble y avoir un Nord et un Sud. Ainsi, le Maghreb est-il un Nord pour l’Afrique, mais un Sud pour l’Europe ; très proche au demeurant du sud de l’Italie, qui s’oppose dans les mêmes termes à sa partie septentrionale, « nordiste » et parfois fière de l’être, surtout quand elle se met en ligue. Et ce Nord italien se situe pourtant sur la même ligne de notre Midi français, qui est, comme il se doit, chantant, passionné et lumineux. Un peu plus haut, les Bavarois et les Souabes sont les méridionaux allemands, alors qu’ils ne sont finalement pas très loin de notre Nord à nous. Bref, on est toujours le nordiste ou le sudiste de quelqu’un d’autre, sans forcément se faire la guerre.