Où sont les vérités quand on ne les a pas encore découvertes ?
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Cet article est issu du numéro 67 de Philosophie magazine « 67 - mars 2013 », en kiosque le 21 janvier 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pierre Larzillière, 24 ans, Chantilly
Une partie de la réponse se trouve dans votre question. Si vous « découvrez » les vérités, ou les idées, c’est qu’elles étaient quelque part et qu’il n’y avait… qu’à les découvrir ! Mais c’est aller un peu vite. Pourquoi n’aurions-nous pas le pouvoir de produire des vérités – d’inventer des vérités qui ne seraient nulle part ? Si la science moderne fut définie comme la mise en évidence d’un ordre naturel préexistant, la science contemporaine est en effet souvent présentée comme productrice d’une vérité nouvelle : au début, il y a un savant qui fait des équations, et à la fin une vérité nouvelle et même de nouveaux outils, ces « théories matérialisées », selon Bachelard. L’existentialisme sartrien propose lui aussi de penser notre vérité personnelle comme à inventer, à produire : elle n’est alors nulle part avant notre création. Exister n’est pas découvrir sa vérité mais bien l’inventer. C’est tout le statut de la vérité qui est en jeu dans votre question. Prenons le cas du « ciel des idées » platonicien : connaître une vérité, c’est en effet, selon Platon, simplement la reconnaître, la démasquer, l’identifier, pour finalement contempler, levant les yeux au ciel, cette vérité éternelle dans laquelle nous baignions avant de naître, avant que la naissance ne nous arrache – provisoirement – au monde éclatant du Vrai. Le sens de ce mythe platonicien, présent notamment dans le Ménon, est clair : découvrir une vérité, c’est toujours la redécouvrir. Il y a indéniablement de la vérité dans cette théorie de la vérité : n’avons-nous pas souvent cette impression, lorsque nous comprenons quelque chose, de le « retrouver » – le sentiment d’une « familiarité » avec la vérité ? Mais une limite aussi : la vérité nous préexiste, et nous avons besoin de la métaphysique pour fonder la possibilité même d’une science ! On retrouve le même problème chez Descartes, lorsqu’il affirme que Dieu a disposé dans notre esprit des « idées innées », telles des semences de vérité, nous rendant capables de découvrir, par déduction, d’autres vérités. Le moins sûr aurait alors pour fonction de fonder le plus sûr… Et les premières vérités seraient d’abord dans notre esprit, et avant cela en Dieu – bref, quelque part, et pas n’importe où ! Votre question en pose donc une autre : faut-il penser la vérité comme découverte (de ce qui préexiste) ? ou production (de ce qui n’existe pas encore) ? Je vous laisse y réfléchir, en vous proposant d’interroger d’abord, sous cet angle, votre existence personnelle…