Économie
Parier pour mieux anticiper : le succès des marchés prédictifs
© Thanakorn Lappattaranan/iStockphoto
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Vous êtes persuadés que la guerre entre les États-Unis et l’Iran finira dans moins de deux semaines ? Que Jordan Bardella sera le prochain président de la République française ? Que la Chine va envahir Taïwan d’ici la fin de l’année ? Vos convictions – si elles s’avèrent exactes – pourraient vous rapporter une coquette somme sur les marchés prédictifs… Examinons.
Vous avez dit “marché prédictif” ?
Résumé à grands traits, un marché prédictif est un marché sur lequel on parie avec de l’argent sur la survenue d’événements futurs variés (fin d’une guerre, résultats d’une élection présidentielle, etc.). Le prix du pari évolue, en fonction de l’offre et de la demande, selon l’actualité, les rumeurs, la participation d’acteurs disposant d’informations particulières, etc. Son niveau indique le risque de survenue d’un événement aux « yeux du marché » : « L’agrégation de ces paris donne une indication sous une forme probabiliste de la réalisation de cet événement, par exemple la déclaration d’une guerre ou la victoire à une élection », résume Ariel Colonomos dans « La politique des oracles » (in : L’Avenir, sous la direction de Michel Wieviorka).
Différentes études tendent à montrer que les prédictions du marché sont souvent justes pour certains types d’événements. Ces marchés agglomèrent en effet des bribes d’informations dispersées. Leur calibration probabilistique repose sur la « sagesse des foules » (« wisdom of the crowds »). Et l’idée est ancienne – on la trouve déjà chez Aristote.
“La majorité, dont chaque membre pris à part n’est pas un homme remarquable, est cependant au-dessus des hommes supérieurs, sinon individuellement, du moins en masse”
Aristote, Politique
Condorcet reprendra l’idée dans son Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix (1785) : si chaque votant a une probabilité supérieure à 50% de prendre une bonne décision, plus l’assemblée est importante, plus la probabilité est grande qu’une décision collective tende vers un optimum. Une notion qui réapparaîtra avec le statisticien Francis Galton (1822-1911). Observant qu’un membre d’un groupe de gens ordinaires n’était capable de déterminer avec succès le poids d’un boeuf dans une foire agricole, il nota que la moyenne des estimations tendait cependant vers le bon résultat.
Comment ça marche ?
Puisqu’ils mettent en jeu leur capital, les participants des marchés prédictifs ont en effet tout intérêt à miser sur leurs croyances authentiques, voire leurs certitudes. L’efficacité prédictive du système, dont les prédictions évoluent en temps réel à l’aune des soubresaut de l’actualité [comme sur la plateforme Polymarket, en vogue sur internet depuis quelques années mais interdite en France, notamment face aux risques de fraude], dépend cela dit de nombreux paramètres : le nombre de participants (plus il y a de gens qui parient, plus on agrège des bribes d’information), la diversité des informations détenues par les parieurs, ou encore la « liquidité » de l’espace d’échange. Les marchés où beaucoup d’argent est engagé et où les participants peuvent acheter/vendre facilement sans faire bouger trop le prix présentent en général des prix plus stables qui reflètent mieux l’information. Ils évitent en effet l’écueil des marchés peu actifs et peu liquides, trop restreints et trop homogènes, où un parieur misant des sommes importantes peut faire varier dans des proportions très importantes le cours du pari sans disposer d’une information pertinente.