La notion
Pathocène
© Noah Berger/AP/SIPA
Cet article est issu du numéro 152 de Philosophie magazine « Sommes-nous si fragiles ? », en kiosque le 26 août 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Après l’Anthropocène, le Capitalocène, le Plantationocène, place au Pathocène ! La notion a été imaginée par l’historien Gil Bartholeyns dans son récent essai Le Hantement du monde. Zoonoses et Pathocène (Éditions Dehors, 2021). « Ce n’est peut-être pas une dénomination très engageante que celle de Pathocène, puisqu’elle suppose un état pathologique, c’est-à-dire anormal, relatif à un trouble morbide », explique l’auteur. De ce point de vue, le Pathocène fait signe vers certains des traits les plus distinctifs de notre époque : le développement de l’hygiénisme, des maladies chroniques mais surtout des « maladies industrielles » et autres zoonoses qui prospèrent au cœur de la clef de voûte de notre système agroalimentaire – dont les élevages intensifs hors sol. Pourtant, pour Gil Bartholeyns, ce concept de Pathocène induit aussi un espoir : « On peut lui associer, c’est son avantage, l’idée de remède, de guérison et surtout, ce qu’il contient également : l’affect, le pathos justement. Nous sommes pathétiques. […] Face aux virus et aux superincendies, nous sommes pathétiques et émus à l’échelle désormais globale de nos existences. » Si cette sensibilité inédite aux réactions de la Terre peut nous paralyser, n’est-elle pas également une source puissante de mobilisation ?