Découverte
Paulette Nardal, l’intellectuelle martiniquaise adepte d’une négritude “de droite”
Paulette Nardal (debout) et ses sœurs Lucy (à g.) et Jane Nardal, à Clamart (92), en 1935. © Fonds Nardal-Achille
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Cette intellectuelle martiniquaise a été éclipsée et oubliée dans l’histoire de la pensée noire francophone. Le philosophe Norman Ajari nous propose de découvrir cette femme qui revendiquait la fierté noire tout en exaltant l’empire colonial français. Une figure paradoxale et passionnante.
Engagées depuis trois ans dans l’exploration théorique, historique et littéraire des Amériques noires, les éditions sétoises Ròt-Bò-Krik nous offrent, avec la publication d’Écrire le monde noir, un miracle éditorial. Le volume compile tous les textes de la période parisienne de l’écrivaine, journaliste et intellectuelle martiniquaise Paulette Nardal (1896-1985) auparavant éparpillés, oubliés ou en tout cas inaccessibles au public. Il est donc pour la première fois possible de découvrir de première main la pensée de cette intellectuelle prolifique. Notons que l’ouvrage contient en outre trois textes de sa sœur Jane Nardal, notamment son bel essai sur « L’internationalisme noir ».
Longtemps, les cercles érudits et militants ont bruissé d’une rumeur : celle de la place de l’oubliée Paulette Nardal dans le développement de la littérature et de la pensée noire francophones. Éclipsée par les « grands noms » de la négritude, Nardal apparaît injustement effacée du panthéon des lettres noires francophones, victime d’un récit historique dominant.
“La pensée de Nardal ne comporte pas une once d’anticolonialisme”
Depuis quelques années, on a toutefois redécouvert son rôle historique : sa familiarité sans pareil avec la Harlem Renaissance [lire notre article] qui réinventait le sens de la vie noire en Amérique, ses contacts avec le philosophe Alain Locke ou le militant Marcus Garvey, sa fonction d’éditrice de l’influente Revue du monde noir, et surtout son organisation d’un salon littéraire à Clamart où se rencontrèrent et débattirent les grandes figures des arts et de la littérature caribéenne, africaine et afro-américaine du siècle. C’est là, dit-on, que naquit la négritude, car Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Gontran Damas en étaient des invités réguliers. En revanche, les écrits de Nardal, depuis longtemps introuvables, n’ont guère été étudiés que par une poignée de chercheuses bien renseignées. Par manque d’accès aux mots de l’écrivaine, la rumeur et la légende, le biographème et l’anecdote, ont peu à peu enseveli l’œuvre sous les lieux communs.