Généalogie
“Assimilation” : petite histoire d’une notion controversée
Le footballeur Kylian Mbappé. © Marca/Sipa
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Kylian Mbappé, un « modèle d’assimilation » ? C’est ce qu’a assuré Jordan Bardella, président du Rassemblement national, oubliant ainsi que le footballeur star du PSG était aussi français que lui. Prisée par l’extrême droite, ce concept d’« assimilation » porte en lui une histoire chargée, touchant à la cohésion nationale et à l’idée même de ce qui fait tenir une société ensemble. Généalogie d’une notion controversée.
Aux origines de l’assimilation : les sciences
L’assimilation, c’est d’abord de la physique. Dans son Encyclopédie, Denis Diderot en donne la définition suivante : « En Physique, se dit proprement d’un mouvement par lequel des corps transforment d’autres corps, qui ont une disposition convenable, en une nature semblable ou homogène à leur propre nature. »
Il semble que ce soit sous la même plume que le terme revêt pour la première fois une connotation politique. Pour parler des relations humaines, dans Réfutation d’Helvétius (1774), il écrit ceci :
« La cour reflète sur les grands et les grands reflètent sur les petits. De là un luxe d’imitation, le plus funeste de tous : un luxe, ostentation de l’opulence dans un petit nombre, masque de la misère dans presque tous les autres. De là une assimilation qui brouille tous les rangs. »
Mais, c’est surtout à la fin du XIXe siècle, avec la fondation de la IIIe République et de la constitution d’un véritable Empire colonial que l’assimilation prend le sens d’une politique volontariste d’homogénéisation des cultures au sein d’un territoire politique donné. Depuis, le terme a été peu à peu abandonné avant de connaitre une récente résurrection.
Un concept colonial ?
Lorsqu’elle se lance dans le projet de coloniser le monde, la IIIe République fait de l’assimilation un impératif politique. Jules Ferry, lors de son discours du 28 juillet 1885 devant la Chambre des députés, à l’occasion de la discussion sur la colonisation de Madagascar, défend l’idée que « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ». Effectivement, selon lui, « il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. […] Je soutiens que les nations européennes sʼacquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation ».
À la même époque, cette idée n’est pas choquante. Pour preuve, voici ce qu’écrivait (sans humour) le philosophe anglais John Stuart Mill dans Considérations sur le gouvernement représentatif (1861) :