Pendant que j’y pense
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 62 de Philosophie magazine « 62 - septembre 2012 », en kiosque le 23 août 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
646 romans français et étrangers publiés entre août et octobre 2012… On évalue déjà le millésime. La production des essais échappe, à l’heure des vendanges, à cette œnologie littéraire : ils se savourent à l’unité, et c’est ainsi que nous aimons vous les faire partager. Mais finalement, roman, essai, document, philosophie, c’est toujours une affaire d’auteurs : quelqu’un parle, et c’est la force de l’écrit. Comme un rappel à l’ordre dans notre époque bavarde et graphomane reparaît chez Climats un texte qui pourrait se glisser dans la poche de tout prétendant à l’écriture : la Lettre sur le pouvoir d’écrire fut rédigée en 1943 par Claude-Edmonde Magny, alors jeune prof de philo de 30 ans et résistante, à l’adresse du tout jeune Jorge Semprún qui, dès ses 20 ans, sentait s’affronter en lui l’écrivain qu’il rêvait de devenir et l’homme d’action que le combat pour la République espagnole avait déjà fait de lui. Jorge Semprún ne lira cette lettre qu’en 1945, à son retour de Buchenwald, où il fut déporté comme communiste et résistant. Toute sa vie, il gardera sur lui cette lettre qui dit l’exigence absolue de l’écriture : exigence de déprise de soi, d’élévation de la vie intérieure et de compréhension du monde. Entre les œuvres écrites avec la seule sensibilité (elle est cruelle avec la littérature des femmes, Colette et Emily Brontë exceptées), et celles écrites avec la seule intelligence, il s’agit de sentir, comme disait Rilke, un « cœur qui pense ».