Pendant que j’y pense / novembre 2015

Temps de lecture : 2 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 94 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 22 octobre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Il était une valeur conservatrice et facteur d’immobilité sociale – une passion d’esclave, disait Nietzsche, fabriquant des foules manipulables ; il est devenu valeur d’adaptation au changement, une manière de survie dans un monde incertain. C’est le constat subtil et détonnant de l’économiste Éric Maurin qui a étudié, avec une précision de géomètre cette nouvelle Fabrique du conformisme (Seuil-La République des idées, 128 p., 11,80 €). Nous nous croyons occupés à l’autoréalisation de nous-mêmes, en réalité, nous ne rêvons que de « faire comme tout le monde ». Mais « tout le monde », ce ne sont plus les conventions ou la tradition, ce sont les collègues d’un jour ou les amis de toujours, les copains de classe ou les voisins de palier, les pairs, les à-peu-près-comme-nous qui nous entourent et auxquels nous nous ajustons. Voilà pourquoi les bons comme les mauvais élèves réussissent mieux s’ils sont en classe avec quelques potes, voilà pourquoi les 35 heures n’ont pas fait diminuer globalement les heures travaillées mais modifié les équilibres dans les couples, voilà pourquoi toute réforme échoue en ignorant qu’elle touche ceux qu’elle n’est pas censée concerner. Contre les experts qui théorisent sur l’atomisation de la société, les enquêtes d’Éric Maurin, à l’école, au travail, dans les quartiers urbains, montrent même que les liens entre les gens peuvent briser certains déterminismes. Bref, que l’individu monade, sans adhésion ni influence, n’existe que dans les idées générales. Ouf, c’est une bonne nouvelle ! La moins bonne est que la grande peur sociale d’aujourd’hui est celle de l’isolement. Et une société qui fonctionne par la peur de la solitude, ça peut aussi faire peur…

Cet article est réservé aux abonnés