Entretien

Louis Maurin : “Être riche, ce n’est pas seulement gagner plus que les autres, c’est avoir de la puissance sur eux”

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 Louis Maurin : “Être riche, ce n’est pas seulement gagner plus que les autres, c’est avoir de la puissance sur eux”

© Bertrand Gardel/hemis.fr

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À partir de quand est-on riche en France aujourd’hui ? Pourquoi ceux qui le sont ont-ils beaucoup de difficultés à l’admettre ? Et quels avantages parfois invisibles sont les leurs ? Alors que L’Observatoire des inégalités propose de définir le seuil de la richesse à 3 860 euros de revenus mensuels (après impôt et pour une personne seule), nous avons interrogé Louis Maurin, cofondateur de l’Observatoire, pour nous expliquer ce que cet étalon permet de mesurer… et de penser. 



 Vous vous êtes intéressé au seuil de richesse. Pourquoi ?

Louis Maurin : Nous avons une conception trop large de la pauvreté et trop étroite de la richesse. Concentrer tous les regards sur les ultra-riches permet de mettre en lumière les processus d’accumulation délirants d’une poignée de milliardaires, comme la famille de Bernard Arnault, à la tête du groupe de luxe LVMH, dont la fortune correspond à la valeur de l’ensemble des logements de Marseille et de Nantes. Mais cela a aussi pour effet de cacher les niveaux de vie d’une large fraction de la population située en haut de la hiérarchie sociale. Si bien qu’on comprend mal cette richesse moins extraordinaire de ces 7% de la population française au-delà de notre seuil établi à 3 860€ par mois – après impôts et pour une personne seule. D’ailleurs, la conception élitiste de la richesse est propagée précisément par ceux qui vivent bien. C’est une façon de se protéger, de ne pas être stigmatisé, parce qu’en France, ce ne serait pas bien vu d’être riche. Pourtant, les enquêtes montrent qu’une majorité de Français sont indifférents aux riches. Plane peut-être un sentiment de culpabilité : si l’on se croit montré du doigt, c’est certainement qu’on considère qu’on ne mérite pas sa richesse, qu’on a usurpé sa place. Ne pas se considérer comme riche, c’est aussi simplement un moyen de ne pas se sentir solidaire des autres, de préserver ses intérêts de catégorie aisée.

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