Pendant que j'y pense / Septembre 2013

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Cet article est issu du numéro 72 de Philosophie magazine « 72 - septembre 2013 », en kiosque le 22 août 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En cette rentrée, je pense à un certain été 2005. Un été dont mes souvenirs, sans importance, sont désormais recouverts par la mémoire d’un autre : Boris Razon, brillant sujet promis à un bel avenir. Cet été 2005, il a traversé les enfers. De cet au-delà de lui-même, il a tiré un récit épique et renversant, Palladium (Stock, 496 p., 22 €), qui, comme son titre l’indique, veut conserver ce combat qu’en lui, cet été-là, se sont livré la vie et la mort. Un virus, une toxine, une bactérie, enfin un intrus l’a terrassé : en quel­ques jours, il est paralysé, des pieds à la tête, sous respirateur et sondes, regard perdu, paupières inertes, aphasique, l’infection proliférant. Deux mois ni mort ni vivant, avec comme seule lumière la couleur rouge feu de la douleur. Il en sortira autre, avec des traces définitives. L’écriture seule pouvait plonger au cœur de ce qu’il appelle sa métamorphose, à la manière dont Ovide raconte le chaos du monde. Tandis que son corps est mort, son esprit sombre dans d’autres mondes, monstrueux, pleins d’ennemis, de putes perverses, de terroristes, de fuites, de peur, de sexe brutal, d’enfermements sans issue. Le « je » qui hallucine reste un « je » malade et menacé de mort. Boris, se bat, meurt, tue, hait, ivre de fureur. Deux personnages assurent la continuité dans ce Palladium : sa femme, Eurydice inversée qui ira chercher son Orphée aux Enfers, et puis un « autre », auquel l’auteur s’adresse. Vertiges de la métamorphose : cet autre est celui qu’il va devenir, à moins que ce ne soit le jeune homme beau et vif qu’il ne sera plus. C’est l’histoire d’une séparation de soi-même, à moins que ce ne soit au contraire une réconciliation.