Pendant que j’y pense / septembre 2014
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Cet article est issu du numéro 82 de Philosophie magazine « 82 - septembre 2014 », en kiosque le 21 août 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Abdelmalek Sayad, trop tôt disparu en 1998, est né en Algérie en 1933 et a été formé à l’université d’Alger où il rencontre Pierre Bourdieu en 1958, au moment où celui-ci, saisi par la force de la réalité algérienne, se fait sociologue. Sayad sera son assistant sur les « terrains de Kabylie » et, comme en voyage symétrique, deviendra en France au CNRS le premier véritable sociologue de l’immigration, capable d’en creuser l’expérience intérieure qu’il appellera « la double absence » : absence de l’émigré en son pays d’origine qui l’a oublié, absence de l’immigré en son pays d’accueil où il se doit d’être invisible. Paraît à la rentrée – et c’est de circonstance – un choix d’articles et d’entretiens inédits réunis sous le titre : L’École et les enfants de l’immigration (Seuil, 19,50 €). Nous sommes au tournant des années 1970-1980 et, avec le recul, on voit se jouer là un moment charnière que Sayad anticipe admirablement. Car les éléments de langage sont déjà présents, qui vont installer durablement une question « culturelle » (et bientôt « ethnique ») en place de celle des inégalités sociales. Il est passionnant de relire aujourd’hui la critique virulente de Sayad contre l’enseignement à l’école de la République des « langues et cultures d’origine » : quels que soient les bons sentiments qui motivent cette politique menée au nom de l’intégration, celle-ci repose sur un présupposé d’extériorité irréductible de l’élève visé, lui-même pourtant né et vivant en France, et ne peut que contribuer à accentuer la stigmatisation. Un regard qui fabrique un éternel « dehors » dans le « dedans » : des générations successives d’étrangers de l’intérieur.