Pendant que j’y pense / septembre 2017

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Cet article est issu du numéro 112 de Philosophie magazine « À quoi tient l’autorité ? », en kiosque le 24 août 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Il n’y a rien de plus risqué que d’écrire un livre sérieux sur l’imbécillité. Le sérieux s’expose alors deux fois : à se faire à son tour traiter d’imbécile en ayant pris la docte posture du « Sujet Supposé Savoir » et à l’être réellement en manquant son sujet. Comme le remarque Maurizio Ferraris, il n’y a qu’un pas entre le sublime et le ridicule, vite franchi si l’on veut traiter le second avec l’ambition du premier. Dès lors, le terme important, dans le titre du très vif essai du philosophe italien, L’imbécillité est une chose sérieuse (PUF), est « sérieuse ». Plus qu’un livre sérieux (bien qu’il soit documenté, argumenté, avec hypothèse, thèse et exemples nombreux des « coups d’imbécillité » des beaux esprits, notamment Martin Heidegger), c’est un livre plein d’esprit qui prend la crétinerie au sérieux. Sur la définition même de la chose, l’auteur ne finasse pas entre les imbéciles, crétins, cinglés, stupides, cons, idiots, couillons… qu’ont distingués avant lui ses compatriotes Carlo Cipolla et, surtout, Umberto Eco auquel l’ouvrage est une forme d’hommage. Ce dernier choqua un jour la presse italienne en critiquant les réseaux sociaux où peuvent se déchaîner des « légions d’imbéciles » avec « le même droit à la parole qu’un prix Nobel ». « En notifiant urbi et orbi notre imbécillité », la technologie est seulement une révélation de ce que nous sommes, renchérit Ferraris, auteur d’une Ontologie du téléphone portable (Albin Michel, 2006). Qu’est-ce alors que le véritable esprit philosophique ? Apprendre à vivre, donc à mourir, en sachant que tous les hommes sont des imbéciles, nous y compris. Que c’est « l’unique tragédie dont on ne peut que rire ». Et cultiver le sens du ridicule.

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