Entretien
Peut-on se faire des promesses à soi-même ?
Philippe Vilain. © Bouchez/SO/Leextra via opale.photo
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L’époque est à la plus grande vigilance quant aux promesses. On se méfie des politiciens et de leurs paroles en l’air. Mais que dire des promesses que l’on se fait à soi-même ? Qu’engagent-elles vraiment ? Peut-on y renoncer sans se trahir ? Nous avons interrogé l’écrivain Philippe Vilain, qui vient de publier La Promesse. Échapper aux vaines paroles (Autrement, 2026).
Se faire des promesses à soi-même, est-ce bénéfique ou plutôt risqué ?
Philippe Vilain : La promesse envers soi est assez paradoxale : se la formuler pour soi-même nous engage dans une fidélité intérieure à tenir parole, une fidélité envers soi-même. Or, quand on est jeune, cela a d’autant moins de sens que l’on n’a pas l’expérience. Dans mon cas, me promettre de devenir écrivain relevait presque du coup de folie : je n’avais pas la culture nécessaire, je lisais très peu de livres… Mais cette promesse m’était bénéfique car elle me valorisait, et en même temps j’y croyais suffisamment pour me donner les moyens de parvenir à mes fins. Je m’étais fixé l’âge de 30 ou 35 ans pour y parvenir – ce qui était stupide puisqu’en tant qu’écrivain, on se bonifie plutôt avec le temps ! Cette promesse était davantage de l’ordre du défi social.
“La promesse envers soi est plus fragile que toute autre : on peut plus facilement se trahir soi-même dans une sorte de ‘pas vu pas pris’”
Dans votre cas, une promesse en cachait une autre…
Oui, au sens où j’ai tenu ma promesse, par mon travail, mes efforts et un concours de circonstances qui a comblé la malchance initiale que je pouvais avoir. Toutefois, ma promesse n’était pas tant de devenir écrivain : je voulais être un certain type d’écrivain, littéraire, qui permet de penser la société, par opposition à l’écrivain de divertissement, et derrière cela, venant de mon milieu social, il y avait quelque chose de démesuré, d’un peu fou, sans doute lié à l’adolescence, et disant un désir de réhabilitation sociale. Or, c’est cette promesse qui m’a permis de fonder mon intégrité et mon identité personnelle. Dans mon cas, il y avait cette idée que je cherchais à me reconstruire socialement et intellectuellement.