Cinéma

Promesses de l’amour

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Édouard Baer et Cécile de France dans “Mademoiselle de Joncquières” © Pyramide Distribution

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Cet article est issu du numéro 122 de Philosophie magazine « 122 - septembre 2018 », en kiosque le 23 août 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En adaptant un épisode de “Jacques Le Fataliste”, le cinéaste Emmanuel Mouret rend hommage à la pensée vive de Diderot.

Rendre au cinéma la complexité de Jacques Le Fataliste, le chef-d’œuvre de Diderot, était une gageure ; le réalisateur Emmanuel Mouret la relève avec adresse. Il met en scène un épisode du roman – la vengeance d’une marquise (incarnée par Cécile de France) trahie par son amant (Édouard Baer). Exploitant tous les paradoxes de ses personnages, le cinéaste se fait moraliste, sans jamais être moralisateur, comme Diderot. Figure de proue du matérialisme, pensant que nos idées procèdent de nos sensations, ramenant tout à une certaine composition matérielle plutôt qu’à une mécanique divine, le philosophe est convaincu qu’il y « a un peu de testicule, au fond de nos sentiments les plus sublimes et de notre tendresse la plus épurée ». Préférant la conversation au système, la spontanéité de l’existence à la croyance dans la providence, l’impureté de la pensée au dogme, cet athée libertin fait de la fidélité un « supplice ». Il scrute avec ironie mais sans cynisme les promesses de l’amour – « une offense pour ceux qui en sont dépourvus » – en promoteur avant l’heure d’une forme de vitalisme. « Le premier serment que se firent deux êtres de chair, écrit-il dans Jacques Le Fataliste, ce fut au pied d’un rocher qui tombait en poussière ; ils attestèrent de leur constance un ciel qui n’est pas un instant le même ; tout passait en eux et autour d’eux, et ils croyaient leurs cœurs affranchis de vicissitudes. » Le film d’Emmanuel Mouret rend hommage à cette célébration de la vitalité de la vie, mettant la liberté de ton de Diderot au profit d’un cinéma où la richesse des dialogues rivalise avec la beauté des images.

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