France / Politique
La société civile peut-elle prendre le pouvoir ?
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Cet article est issu du numéro 111 de Philosophie magazine « L’idéal de simplicité », en kiosque le 06 juillet 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Emmanuel Macron avait promis de faire entrer dans son gouvernement et au Parlement des membres de la société civile. Mais cette promesse ne contient-elle pas les termes d’une contradiction ?
La République en Marche (LREM) a remporté la victoire aux législatives au nom de la société civile. De fait, 56 % des députés élus sous l’étiquette LREM sont des novices en politique. Certains relativisent ce bouleversement en soulignant que la LREM est constituée majoritairement de cadres et de chefs d’entreprise. Interrogeons-nous plutôt sur la promesse elle-même : la société civile, c’est quoi ? Est-elle la solution enfin trouvée à l’essoufflement de la vie politique ? Ou l’alibi que se donne une caste particulière – et son chef – pour s’accaparer le pouvoir ?
Société civile, cette notion a une longue histoire. Retenons-en trois moments qui permettent d’y voir plus clair dans notre situation. Premier moment : la démocratie dans la Cité grecque. La société civile se confond alors avec la communauté civique des citoyens qui délibèrent sur la chose publique. Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote oppose la communauté politique (en latin, societas civilis) à l’oikos, la communauté domestique que forme le père de famille avec sa femme, ses enfants, ses esclaves et ses artisans, où règnent des rapports de domination. Deuxième temps : le XVIIIe siècle et la première révolution industrielle : l’économie, enfermée au sein de l’espace domestique chez Aristote, se développe de façon extraordinaire avec l’essor du commerce et la multiplication des échanges. C’est alors qu’émerge le concept de civilisation au sens dynamique, celui de la constitution d’un ordre social et culturel spontané, fondé sur les intérêts. Enfin, troisième moment : celui de la synthèse entre ces deux visions, antique et moderne. Dans Les Principes de la philosophie du droit (1820) de Hegel, la société civile est une sphère d’activités autonome où les individus nouent des relations (de travail, d’association, etc.) à distance de l’État. L’individu y fait l’apprentissage éthique de l’interdépendance, mais aussi celui du « déchaînement » des intérêts et la de plus grande inégalité. Loin d’une séparation étanche entre le monde des intérêts particuliers de la société civile et le registre universel de la volonté générale édictée dans la Loi par l’État, Hegel conçoit une relation dynamique : l’État étant ce moment de l’esprit où la société civile se réfléchit et se transfigure dans l’Universel.