Covid-19 : les philosophes face au vaccin

Philippe Huneman : “J’hésite et attends d’en savoir davantage”

Temps de lecture : 3 min

Philippe Huneman : “J’hésite et attends d’en savoir davantage”

Philippe Huneman - Capture d’écran ©WikiStage sur Emmanuel Kant à l'École normale supérieure - 8 Juin 2015

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 146 de Philosophie magazine « 2021, on improvise ! Comment agir dans l’incertitude », en kiosque le 14 janvier 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Spécialiste de philosophie des sciences, Philippe Huneman soulève une question cruciale : les vaccins contre le Covid-19 prochainement mis sur le marché ne feront-ils qu’empêcher le développement de la maladie ou préviendront-ils également sa transmission ?

 

« À l’heure actuelle, il y a quatre vaccins disponibles – Moderna, Pfizer, Oxford et Sputnik V. Aucun de ces laboratoires n’a publié l’ensemble de ses données, et plusieurs zones d’ombre subsistent. Premièrement, nous ne savons pas si ces vaccins vous empêchent seulement de développer la maladie ou s’ils endiguent également sa transmission. Si le vaccin permet uniquement de ne pas développer la maladie, mais que l’on peut encore la transmettre – ce qui est tout à fait possible –, alors l’enjeu de l’altruisme tombe. Le choix de ne pas se faire vacciner relève dans ce cas d’une position individuelle, d’une décision que l’on ne prend que pour soi-même, suivant son aversion au risque, son âge, son profil biomédical – et l’on ne met personne d’autre que soi en danger. Si ces conditions étaient avérées, alors je ne ferais probablement pas vacciner mes enfants, qui ont peu de chance de développer une forme grave du Covid-19, et pour moi-même, je serais hésitant. Du reste, si le vaccin n’empêche pas la transmission, il ne permettra pas à la population d’atteindre rapidement l’immunité de groupe, puisque même si 40 ou 60 % des gens sont vaccinés, ils pourraient continuer à être vecteurs du virus.

Cet article est réservé aux abonnés