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Philippe Jaenada : sérieusement désinvolte
Philippe Jaenada. © Pascal Ito / Flammarion
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Comprendre pourquoi une jeune femme de 20 ans met fin à ses jours dans le Paris de l’après-guerre : tel est le thème de La désinvolture est une bien belle chose (Mialet-Barrault), le roman, foisonnant et passionnant, de Philippe Jaenada, qui vient de paraître. Dans notre tout nouveau numéro, il répond à notre « Questionnaire de Socrate », digressant sans cesse mais sans jamais perdre le fil.
La désinvolture, vous la pratiquez comment ?
Philippe Jaenada : Pour certains, c’est péjoratif – on la confond avec le je-m’en-foutisme. Mais le mot « désinvolture » vient de l’italien « desinvolto » qui désigne ce qui n’est pas enveloppé (« involto »), ligoté, ce qui est dégagé. Dans la vie, j’essaye de m’ôter le plus possible de contraintes, de liens – ce n’est pas facile. Je n’ai pas de téléphone portable, par exemple. J’ai vécu cela parfaitement pendant mon tour de France de vingt-quatre jours – dans le livre, je travaille en même temps, mais c’est une construction narrative, en réalité je ne faisais rien. Hormis de très courtes périodes de ce genre, la désinvolture au sens de liberté n’existe pleinement que dans l’acte d’écrire, finalement.
L’un des meilleurs conseils qu’on vous a donné ?
L’écrivain Olivier Rolin, après avoir lu ma première tentative de roman, ratée, m’avait dit : « Dans un livre, il ne faut pas fermer, mais ouvrir. » On me reproche parfois mes parenthèses, mes digressions, des pistes lancées dans tous les sens, mais c’est une volonté de ne pas recroqueviller le livre.
L’ingrédient indispensable au processus créatif ?
J’en ai eu plusieurs, qui se remplacent. J’ai d’abord cru que qu’il était indispensable pour moi d’écrire à un autre moment que la nuit. Mais à partir de 50 ans, on dort moins bien la journée, on supporte moins bien de se lever à 16 heures ou à 17 heures, et de ne pas voir la lumière du jour entre novembre et mars. J’ai pensé aussi que je ne pourrais jamais écrire sans fumer un paquet de clopes en sept heures. Maintenant je vapote, et ça me convient très bien. Aujourd’hui, mon ingrédient indispensable, c’est écouter la chaîne Equidia, qui retransmet les courses hippiques en direct. Je ne peux pas écrire sans ce bruit de fond qui m’accompagne, les chevaux qui courent.