Afrique / Coups d’État
Pierre Singaravélou : “Le sentiment antifrançais s’exacerbe, alors que la France n’a jamais été aussi faible en Afrique”
Pierre Singaravelou. ©John Foley/Opale.photo
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Cet article est issu du numéro 173 de Philosophie magazine « Peut-on être en accord avec soi-même ? », en kiosque le 21 septembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Il a dirigé Colonisations. Notre histoire, un ambitieux volume collectif qui vient de paraître au Seuil : Pierre Singaravélou porte son regard historique sur le récent coup d’État militaire au Gabon.
Comment comprendre le coup d’État au Gabon après ceux menés au Mali et au Niger ?
Pierre Singaravélou : L’Afrique subsaharienne compte environ deux cents tentatives de coups d’État depuis la Seconde Guerre mondiale, qui ont majoritairement renversé le pouvoir en place. S’agissant des plus récents, on note l’importance du sentiment antifrançais au sein de ces trois anciennes colonies. Mais les situations et les cultures politiques s’avèrent très différentes : à la veille du putsch, le Niger approfondissait sa transition démocratique, tandis qu’une dynastie autoritaire contrôlait le Gabon depuis 1967. Dans ce contexte, les observateurs ont du mal à suivre la cohérence de la politique étrangère de la France, qui tantôt condamne, tantôt cautionne la junte militaire qui prend le pouvoir. En Afrique comme en Europe, on soupçonne le gouvernement français de promouvoir avant tout ses intérêts de circonstance en contradiction avec ses principes démocratiques. La France peine à s’affranchir d’anciennes pratiques postcoloniales.