Socrate. Actualité
Platon m'a tuer
© Emmanuel Polanco pour PM
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L’auteur du Banquet et de La République est le plus fameux disciple de Socrate. Il en a fait l’apologie et nous a légué son enseignement. Mais a-t-il déformé la pensée de son maître et proposé de lui un portrait éloigné de la réalité historique ? Dans ce nouveau procès, parole à l’accusation, puis à la défense.
Vrai, il a trahi son maître
Frédéric Schiffter
Selon la tradition universitaire, Platon passe pour le gardien scrupuleux de la pensée de Socrate. On oublie que ce dernier eut d’autres disciples, dont Aristippe de Cyrène, auteur d’une vingtaine de petits traités drôles et polémiques à l’égard des libertaires puritains de l’époque : les Cyniques. Personne ne peut dire en quelle estime Socrate tenait ses admirateurs. Il me plaît de penser que c’est Aristippe, et non Platon, qu’il considérait comme son ami le plus proche, partageant avec lui scepticisme viscéral et goût pour l’ironie vacharde.
Une certitude, Socrate avait un ennemi : Aristophane, l’auteur comique et populiste. À en croire ce dernier, les jeunes garçons sensibles à son charme décadent tournaient mal. Méprisant à son contact la saine formation sportive que leur offrait la Cité, ils devenaient des rêveurs et des femmelettes. Dans les Nuées, le personnage du Bon Sens avertit un fils à papa : « Si tu t’adonnes à la philosophie, tu auras le teint pâle, des épaules et un torse de gringalet, une langue pendante, des fesses malingres, un sexe long et filiforme. »
Aristophane ne fut pas le seul à s’alarmer de la maïeutique du pire que Socrate exerçait sur la jeunesse d’Athènes. Le peuple avait besoin d’éducateurs mais non d’un maître qui s’avouait ignorant, prenait un malin plaisir à rappeler aux hommes l’infortune d’être nés, que leur vie n’avait d’autre but que la mort, et, partant, qu’ils ne pouvaient s’inventer des raisons de vivre ou des sagesses.