Ploutos, roi du fric
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Cet article est issu du numéro 59 de Philosophie magazine « 59 - mai 2012 », en kiosque le 26 avril 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Ploutos, dieu de la richesse, est un vieillard en haillons. Zeus l’a rendu aveugle, pariant que l’Argent, privé de sa clairvoyance morale, irait au hasard récompenser les forbans plutôt que les honnêtes gens.
Ploutos est devenu « le dieu du fric », sans foi ni loi, sans illusion non plus sur la probité humaine : « Tous intègres ! Mais dès qu’ils me mettent le grappin dessus, dès qu’ils sont pleins aux as… abracadabra ! Plus forbans, il n’y a pas ! » Un dénommé La Tousaille lui propose alors de lui rendre la vue : si nous guérissons tes yeux, tu n’accorderas tes faveurs qu’aux honnêtes, les escrocs le deviendront, et tout le monde sera honnête et prospère. S’avance alors La Galère, la pauvreté, qui s’offusque du projet. Si tous sont riches à égalité, qui labourera vos champs et tissera vos vêtements ? Qui aura encore la moralité simple du pauvre, le sens de l’épargne et du travail ? Qui saura se contenter du nécessaire, ce qui est proprement le bonheur ? La morale de La Galère est vite battue en brèche. Ploutos recouvre la vue, on le porte en triomphe à l’Acropole. Hommes et dieux se rallient au culte du Fric dans une indistinction morale définitive. L’avoir plus, sans désir ni besoin, efface même le bonheur.