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Politiser l’art
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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« J’ai suivi pas à pas l’exil de Benjamin de 1933 à 1940, et j’ai pris en photos les lieux (maisons, hôtels, cafés…) qu’il visite et évoque dans sa correspondance. Mon travail est un montage de ses textes et d’images actuelles. Le parti pris esthétique s’inscrit délibérément dans une optique benjaminienne : mes photographies sont des panoramas nets qui cherchent à révéler des atmosphères, plus qu’à mettre en avant ma recherche d’artiste. Or, dans ses descriptions urbaines, Benjamin adopte presque un style documentaire, qui “enregistre” le visible tel qu’il se donne. Il admire notamment Eugène Atget [1857-1927], dont les photographies captent de manière neutre le déclin du vieux Paris et constituent ainsi des “pièces à conviction”. La désacralisation de l’art et l’abolition de l’unicité de l’œuvre – entraînées selon le philosophe par la photographie ou le cinéma – sont par ailleurs des grilles d’analyse pour comprendre certains mouvements : la photographie conceptuelle des années 1960, qui privilégie des images “pauvres”, sans valeur esthétisante ; ou encore le pop art, qui démet l’artiste de son piédestal et réalise, à l’instar de Warhol, des séries d’objets quotidiens.