Fiac : l’infinie querelle de l'art contemporain

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Fiac : l’infinie querelle de l'art contemporain
Alors que la Foire international d'art contemporain (Fiac) se tient à Paris jusqu'au 23 octobre 2016, l'art contemporain ne cesse d’alimenter la querelle : a-t-il encore un discours sur monde ou n’est-il plus qu’un objet d’investissement ?

La 43e édition de la Foire internationale d'art contemporain (Fiac) s'est ouverte ce jeudi 20 octobre sous la nef du Grand Palais et dans les galeries du Petit Palais, à Paris. 186 galeristes internationaux exposent les œuvres d'artistes actuels, attirant des collectionneurs de tous pays. S’il sert la spéculation, suscitant des estimations astronomiques et représentant avant tout un investissement[1], l’art nous aide-t-il encore à vivre? Délivre-t-il encore une forme de vérité sur le monde ?

Depuis Marcel Duchamp, l’œuvre est sujette à réflexion plus qu’à contemplation. L’art contemporain serait devenu un « art de l'idée », plus conceptuel qu’émotionnel, jugé inesthétique sinon hermétique. Jean Baudrillard dans un article qui a fait date, intitulé « Le complot de l’art », scrutait les dérives de l’art contemporain, fustigeant sa nullité revendiquée. Il écrivait en 1996 que :

« La majeure partie de l'art contemporain s'emploie exactement à cela : à s'approprier la banalité, le déchet, la médiocrité comme valeur et comme idéologie. Dans ces innombrables installations, performances, il n'y a qu'un jeu de compromis avec l'état des choses, en même temps qu'avec toutes les formes passées de l'histoire de l'art. Un aveu d'inoriginalité, de banalité et de nullité, érigé en valeur, voire en jouissance esthétique perverse. Bien sûr, toute cette médiocrité prétend se sublimer en passant au niveau second et ironique de l'art. Mais c'est tout aussi nul et insignifiant au niveau second qu'au premier. Le passage au niveau esthétique ne sauve rien, bien au contraire : c'est une médiocrité à la puissance deux. Ça prétend être nul : “Je suis nul! Je suis nul!” ­et c'est vraiment nul. »


« Un art du faire-raconter »

Nathalie Heinich se tient à distance des anathèmes. La sociologue spécialiste de l'art contemporain ne cherche ni à juger ni à alimenter la querelle. Elle la désamorce plutôt en offrant aux spectateurs les clés d’un art qui s’exerce depuis un siècle à la transgression, contre la norme. Dans un article paru en 1999 dans la revue Le Débat, intitulé « Pour en finir avec la querelle de l’art contemporain », elle le définissait comme un genre à part entière, avec ses spécificités, précisément distinctes de l’art classique et moderne. Mieux, elle poursuit dans Le Paradigme de l'art contemporain. Structures d'une révolution artistique (Gallimard, 2014) en montrant comment l’art contemporain définit désormais non plus seulement un genre, mais aussi un nouveau paradigme, c’est-à-dire un « socle cognitif partagé par tous », une « structuration générale des conceptions admises à un moment du temps ». Nathalie Heinich précise la nature de cette « révolution » : « l’art contemporain est devenu, essentiellement, un art du faire-raconter : un art du récit, voire de la légende, un art du commentaire et de l’interprétation ».

Les organisateurs de la Fiac l’ont bien compris. Ils sollicitent cette année les élèves de l’École du Louvre pour assurer une médiation, en commentant et en analysant les œuvres exposées pour le public, donnant ainsi forme à cet « art du faire-raconter ». Pour autant, la querelle de l’art contemporain, alimentée par la spéculation sur les œuvres et la « spectacularisation » de ses installations, est-elle en voie d’apaisement ? Rien n’est moins sûr. Remarquable esbroufe et véritable nullité pour les uns ; révolution artistique, transgressive et conceptuelle pour d’autres : deux camps continuent de s’affronter. Il est encore temps de vous faire un avis en vous rendant à la Fiac, jusqu’au 23 octobre.


[1] Pour 76% des acheteurs l’art contemporain un investissement, selon un rapport « art et finance » du cabinet Deloitte.