Art contemporain: incompris ou incompréhensible?
La 41e édition de la Foire internationale d'art contemporain (Fiac) s'est ouverte ce jeudi 23 octobre sous la nef du Grand Palais. 191 galeristes internationaux exposent les œuvres d'artistes actuels, attirant des collectionneurs de tous pays. L’art contemporain ne connaît pas la crise – la foire accueille 62 galeries de plus que l’an passé. S’il sert la spéculation, suscitant des estimations souvent astronomiques, et représente, selon un rapport « art et finance » du cabinet Deloitte, pour 76% des acheteurs, un investissement, l’art nous aide-t-il encore à vivre? Nous rend-il meilleurs? Delivre-t-il une forme de vérité sur le monde?
Merleau-Ponty pensait en effet que « l’art moderne nous oblige à comprendre ce que c’est qu’une vérité qui ne ressemble pas aux choses, qui soit sans modèle extérieur, sans instruments d’expressions prédestinés, et qui soit cependant vérité. » Cet exercice de révélation fait éprouver l’épaisseur de l’existence et l‘éclaire d’un jour nouveau. L’art contemporain y contribue-t-il toujours ?
Depuis Marcel Duchamp, l’œuvre est sujette à réflexion plus qu’à contemplation. L’art contemporain serait devenu un «art de l'idée», plus conceptuel qu’émotionnel. Ainsi fini le ravissement par le beau, le choc esthétique ? Peut-être. Selon Catherine Millet « une partie du public rechigne à vouloir apprendre et demande à être touchée par les œuvres d’art comme par la grâce. C’est peut-être là la conséquence regrettable, et involontaire, de l’art impressionniste qui a tellement valorisé les “sensations”. »
Art contemporain incompris ? Ou incompréhensible ? Alors que le plug anal installé place Vendôme par l'artiste américain Paul McCarthy à l'occasion de la Fiac vient d’être dégonflé, dans la plus parfaite débandade, il n’est pas inutile de relire Jean Baudrillard.
Le philosophe analysait les dérives de l’art contemporain, fustigeant la nullité revendiquée de l’art contemporain, dans un article qui a fait date, intitulé « Le complot de l’art ». Il écrivait alors :
« La majeure partie de l'art contemporain s'emploie exactement à cela: à s'approprier la banalité, le déchet, la médiocrité comme valeur et comme idéologie. Dans ces innombrables installations, performances, il n'y a qu'un jeu de compromis avec l'état des choses, en même temps qu'avec toutes les formes passées de l'histoire de l'art. Un aveu d'inoriginalité, de banalité et de nullité, érigé en valeur, voire en jouissance esthétique perverse. Bien sûr, toute cette médiocrité prétend se sublimer en passant au niveau second et ironique de l'art. Mais c'est tout aussi nul et insignifiant au niveau second qu'au premier. Le passage au niveau esthétique ne sauve rien, bien au contraire: c'est une médiocrité à la puissance deux. Ça prétend être nul: “Je suis nul! Je suis nul!” et c'est vraiment nul. »
Alors ? Magnifique esbroufe et grande nullité ou beau concept et profonde réflexion ? À vous de vous faire une idée en vous rendant – ou non – à la Fiac.