Comme des grands
“Pourquoi il faut aller à l’école ?”
© Anaïs Vauguelade
Cet article est issu du numéro 180 de Philosophie magazine « Comment savoir quand on a raison ? », en kiosque le 30 mai 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Question de Romane, 6 ans
Qu’en pensent les enfants ?
« Il faut aller à l’école pour apprendre à vivre ensemble, les maths et l’anglais. »
Tom, 7 ans
« Parfois, à l’école, on s’ennuie. Ça ne sert à rien, parce qu’on peut très bien apprendre tout seul par Internet. »
Clément, 8 ans
« Je n’aime pas aller à l’école, car on ne peut pas faire ce qu’on veut, par exemple jouer à la Play. »
Axel, 11 ans
« À l’école, on bâtit son avenir : la maternelle, le primaire, le collège, le lycée, la prépa et les études après servent à ça. »
Adam, 9 ans
« L’école, c’est bien, parce que tu peux faire de belles rencontres. Par exemple, moi, j’ai rencontré ma meilleure amie. »
Layâ, 7 ans
« L’école te permet d’avoir un vrai métier construit, comme par exemple biologiste ou mathématicien. »
Maëlys, 10 ans
« L’école sert à former des personnes meilleures. »
Lola, 10 ans
« Si on est harcelé à l’école, ça peut devenir un cauchemar. »
Moustapha, 10 ans
« À l’école, on échange nos opinions, on discute avec les autres. »
Louna, 8 ans
« L’éducation est un processus de vie, et non une préparation à la vie. »
John Dewey, à 38 ans
Comment en parler avec eux ?
À une époque où l’information est facilement accessible sur le Net, se poser la question de l’utilité de l’école est une nécessité. Pourquoi doit-on se rendre chaque jour dans une salle de classe, si on peut apprendre, par exemple, tranquillement chez soi devant sa tablette ?
Plusieurs pistes de réponse sont possibles. D’abord, l’école est un lieu d’apprentissage où le rôle du maître – qui serait absent dans une « éducation » par Internet – demeure essentiel. Celui-ci est chargé de transmettre aux élèves les savoirs fondamentaux – lire, écrire, calculer ou résoudre des problèmes… – mais aussi le respect des autres et les règles du « bien vivre ensemble ».
Eh oui, car l’école est aussi un lieu de rencontres. Pas seulement avec des disciplines diverses mais aussi avec les autres – enfants comme adultes – qui n’appartiennent pas au cercle familial. Un lieu où l’on tisse des liens, on joue, on échange des idées, on se décentre pour s’enrichir de l’expérience d’autrui. Un lieu où la coopération devrait toujours primer sur la compétition.
Enfin, l’école est (ou devrait être) un espace où l’enfant devient de plus en plus autonome : il élabore ses pensées, les confronte à celles des autres et forge progressivement son esprit critique.
Cette notion d’autonomie est centrale pour deux penseurs de l’éducation : le philosophe des Lumières Jean-Jacques Rousseau et le pragmatiste américain John Dewey. Mais avec deux différences majeures. Première différence : si, pour Rousseau, l’enfant ne peut être éduqué qu’en contact avec la nature, loin de toute société qui pourrait le corrompre, pour Dewey, l’opposition entre nature et culture n’a pas de sens, car tout ce qui est humain est à la fois culturel et biologique. Seconde différence : si Émile, le jeune élève de Rousseau, est toujours en tête à tête avec son précepteur, aux yeux de Dewey, la dimension sociale et collective est fondamentale, l’école étant avant tout un projet politique et démocratique.
Donc, comment construire une société meilleure, si l’on n’a pas un lieu où apprendre à le faire dès le plus jeune âge ?