Pourquoi parlons-nous de la pluie et du beau temps ?
© Séverine Scaglia
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Cet article est issu du numéro 134 de Philosophie magazine « Pourquoi sommes-nous si fatigués ? », en kiosque le 24 octobre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Évoquer le temps qu’il fait, c’est, a priori, parler pour ne rien dire. Mais quelles intentions se cachent derrière ce sujet apparemment anodin ? Les philosophes ôtent leurs lunettes de soleil et replient leur parapluie pour nous répondre.
Pour cacher son manque d’éloquence
Cicéron (Ier siècle av. J.-C.)
Parler de la pluie et du beau temps, c’est se situer dans les marges de la conversation. On évoque l’état du ciel par timidité ou par ennui, quand on ne sait pas comment engager un échange ou quand on n’a plus rien à dire. Évoquer le cycle météorologique revient alors à avouer son impuissance à se singulariser par la parole ou sa lassitude à tenter d’exister par les mots. C’est donc oublier l’importance de l’éloquence codifiée par Cicéron : pour savoir converser, il faut se souvenir que « tout le monde ne se plaît pas à parler des mêmes choses », qu’une conversation n’est agréable que si l’on a « une raison pour la commencer » et que l’on sait comment « y mettre fin » (Traité des devoirs).