Reportage
Procès en appel de Marine Le Pen : l’argument de la “bonne foi” est-il recevable ?
Marine Le Pen, présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement National (RN), comparaissant devant le tribunal lors de son procès en appel pour détournement de fonds publics européens. Croquis judiciaire réalisé le 20 janvier 2026. © Benoit Peyrucq/AFP
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Avec quatre ans de prison et cinq années d’inéligibilité requis contre elle en seconde instance, lors du procès jugeant l’affaire des assistants parlementaires du Rassemblement national au Parlement européen, Marine Le Pen joue son avenir politique. La nouvelle stratégie de défense, plaidée hier par ses avocats à la cour d’appel de Paris, porte sur la « bonne foi ». Saura-t-elle convaincre les juges ? Notre journaliste Alexandre Jadin a assisté au procès et s’interroge sur cette notion.
Un brushing blond étincelant aimante tous les regards de l’imposante salle d’audience. Marine Le Pen écoute calmement la plaidoirie de son avocat. Pile dix mètres au-dessus de sa tête, le plafond arbore trois lettres d’or : « JVS », « Justice » en latin. Un espace vide à haute teneur symbolique qui concentre toute la fragilité du moment.
Fragilité de la justice, d’abord, attaquée par Marine Le Pen à la suite de sa condamnation en première instance pour détournement de fonds publics lors d’un meeting organisé aux Invalides, vitupérant contre « une décision politique ». Et la fragilité, ensuite, de l’ancienne présidente du Rassemblement national (RN). En première instance, le tribunal avait assorti la peine d’inéligibilité d’une exécution provisoire, l’excluant de facto des prochaines élections présidentielles. Marine Le Pen et les autres prévenus avaient été jugés coupables d’avoir fait embaucher des assistants parlementaires originellement dévolus aux députés européens pour qu’ils travaillent exclusivement ou majoritairement pour le parti d’extrême droite. 4,3 millions d’euros auraient été ainsi détournés.
Une justice politique… ou dépolitisée ?
En première instance, la ligne de défense avait donc été celle de ce que la cheffe des députés RN appelle la « justice politique » : il s’agirait d’un procès politique visant à mettre à mal la démocratie. Les électeurs ne pourraient de fait pas voter pour la candidate, celle-ci étant inéligible. Comme l’a montré l’historien et professeur de droit Éric Buge dans son ouvrage L’Éclipse de la vertu (Seuil, 2026), les procès de personnalités politiques qui ont lieu depuis quelques années ne sont pas le résultat d’une politisation de la justice mais au contraire de sa dépolitisation.
“C’est dans la mesure où les politiques peuvent désormais être poursuivis et condamnés en justice que la justice s’est dépolitisée”
Depuis une cinquantaine d’années, une presse d’investigation puissante doublée d’une prise d’indépendance des juges pénaux vis-à-vis des politiques a justement permis d’installer dans le paysage judiciaire ce que Buge appelle des « institutions de la vertu », visant à contrôler le comportement des politiques. Très présentes dans les démocraties antiques grecques et romaines, ces régulations du transfert du pouvoir populaire aux gouvernants sont tombées en désuétude. Les élections sont progressivement devenues le seul mode d’expression de la souveraineté populaire en négligeant « les règles d’exemplarité [ayant] pour but […] de faire en sorte que le gouvernant poursuive le bien commun plutôt que son intérêt personnel ».