Technologie
Quand Facebook bat monnaie
Facebook a annoncé mardi vouloir lancer une monnaie virtuelle en 2020 : le libra. Présentée comme une cryptomonnaie, le libra reposera bien sur une « blockchain », soit un registre partagé des transactions. Mais à la différence du bitcoin, celle-ci ne sera pas publique et décentralisée. Car le libra sera adossé à un panier de devises (dollars, yens, euros et livres sterling), qui garantira sa stabilité et sa non-volatilité. Le gestion de cette « réserve libra » reviendra à la Libra Association, constituée de 28 membres fondateurs, dont Facebook, Visa, PayPal, Uber, Spotify, Vodafone, Booking.com, MasterCard…
Bref, là où Bitcoin repose sur un principe de décentralisation et de transparence, Libra adopte une blockchain dite de « consortium », contrôlée par une poignée d’acteurs.
Pour le philosophe Mark Alizart, la vertu du bitcoin est précisément d’autoriser « l’appropriation collective des moyens de production monétaire », de la valeur, dans une logique marxiste. Comme il l’écrit dans Cryptocommunisme (PUF, 2019) :
« Tout l’intérêt de Bitcoin est que la valeur d’un bitcoin est inséparable du réseau qui le porte. Un bitcoin est un “rapport social”. Il n’est même que cela. Certes, Bitcoin est décentralisé, anonyme, anarchiste. Mais l’autorité qu’il supprime, l’État, il la diffuse dans tout le corps social : il est l’implémentation coercitive du consensus décentralisé à tous les échelons de la société. C’est littéralement la version réussie du “centralisme démocratique” soviétique (où “centralisme” vient dire “consensus” et “démocratique” vient dire “décentralisé”) ou, si l’on préfère, la version accomplie du “rhizome” au cœur du projet de refonte deleuzien de l’économie. »
Inversement, Libra ravive la logique libertarienne et capitaliste, en dépossédant bien l’État de ses prérogatives – battre la monnaie – non plus pour les remettre aux individus mais entre les mains d’une poignée d’entreprises. Cryptocommunisme vs. cryptocapitalisme : le retour d’une guerre idéologique ?