Économie / Numérique
Quand les réseaux battent monnaie
(cc) Zach Copley / Flickr
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 66 de Philosophie magazine « 66 - février 2013 », en kiosque le 17 janvier 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Faut-il s’inquiéter de l’émergence des monnaies virtuelles purement mutuelles, comme bitcoin ? Ou se féliciter, en invoquant Proudhon, d’une nouvelle économie sans planification centrale ?
Se passer de la médiation fatale des banques ? C’était le rêve des utopistes du XIXe siècle. Pierre-Joseph Proudhon, défenseur des associations libres qui avait tenté de fonder en 1849 une « banque du peuple » sans taux d’intérêt, proclamait ainsi : « Ce dont nous avons besoin, ce que je réclame au nom des travailleurs, c’est la réciprocité, la justice dans l’échange, c’est l’organisation du crédit » (Mutuellisme et Fédéralisme).
Depuis un siècle, des initiatives concrètes se sont multipliées, comme le C3 au Brésil ou le franc WIR en Suisse, offrant à un réseau d’entreprises la possibilité de générer par elles-mêmes des liquidités supplémentaires. C’est aujourd’hui à l’échelle du monde que le rêve de Proudhon semble devenir réalité, grâce à Internet et aux monnaies virtuelles. Conçues au départ à des fins ludiques, ces dernières sont en train de franchir le seuil des communautés en ligne pour basculer dans les échanges économiques réels. La plus offensive, bitcoin, créée en 2009 et soutenue par un système informatique assurant la sécurité des transactions, est en plein essor depuis quatre ans. Dénombrant entre 20 000 et 80 000 utilisateurs et reconnue sur plus de mille sites, elle vient de nouer un accord avec Aqoba, un établissement de paiement français qui garantit à ses clients l’achat et la conversion des bitcoins en euros. De son côté, la Banque centrale européenne s’est fendue d’un rapport, Virtual Currency Schemes, qui s’inquiète de voir une monnaie déterritorialisée, non attachée à un État et à une banque centrale, prendre tant d’importance. « Le terme de virtuel est trompeur », selon Jérôme Blanc, maître de conférences à l’université de Lyon-2 et spécialiste des monnaies alternatives. « Une monnaie est réelle à partir du moment où elle est utilisée par différents acteurs, quelle que soit la forme qu’elle prend, des coquillages des sociétés primitives de Mélanésie au bitcoin des internautes. Et si, par virtuel, on entend électronique, les monnaies nationales sont déjà très largement virtuelles. »