Derrière les mots
Que dit-on quand on parle de “submersion migratoire” ?
Au palais Bourbon, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale à Paris, le 21 janvier 2025. Marine Le Pen (à g.), présidente du groupe Rassemblement National (RN), et le Premier ministre Francois Bayrou discutent à la fin de la séance publique de questions au gouvernement. © Xose Bouzas/Hans Lucas/AFP
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Le Premier ministre François Bayrou a fait chavirer son fragile pacte de non-agression avec le parti socialiste en évoquant, il y a quelques jours, le sentiment de « submersion migratoire » que ressentiraient les Français. Nous avons demandé à la sémiologue Mariette Darrigrand de décrypter les images que charrie cette expression.
Qu’a produit François Bayrou en utilisant l’expression « submersion migratoire » ? Un lapsus ? Une habile tactique ? Une forme de lepénisation des esprits ? Une ouverture supplémentaire de la fenêtre d’Overton ? Diverses réponses circulent sans s’exclure. Elles composent l’habituelle écume des jours politiques. Plus intéressante est l’occasion qui nous est fournie de décrypter nos représentations politiques collectives sur un sujet fondamental.
L’expression est créée en 1984 par Jean-Marie Le Pen, alors député, et il faut commencer par remarquer qu’elle est toujours là : employée aujourd’hui par sa fille Marine et les membres du Rassemblement National, ex-Front national. La formule a échappé au processus d’édulcoration à l’œuvre dans le parti d’extrême droite dans sa transition vers un parti de droite radicale. Beaucoup de choses ont été adoucies, affadies, banalisées, mais pas celle-ci. L’immigration y est toujours vue comme une vague menaçante rapprochée implicitement de celles créées par le changement climatique. Comme la flamme du drapeau du RN, l’expression est invariante. Cellule souche du parti, elle est le signe qu’elle en représente le combat principal.