La notion
Qu’est-ce que la “nowstalgie” ?
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Cet article est issu du numéro 193 de Philosophie magazine « À quel moment je m'engage ? », en kiosque le 25 septembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Nowstalgie – le concept esquissé par Gérald Bronner dans son dernier essai À l’assaut du réel – a, à première vue, l’air d’un oxymore. Comment pourrait-on avoir la nostalgie du now, le « présent » en anglais ? Avec cette formule, le sociologue désigne plutôt la coexistence, caractéristique de nos mentalités contemporaines, d’un double désir, « à la fois nostalgique et hédoniste ». Face à la « perte de contrôle sur l’environnement, notamment en raison de la mondialisation et de la technologie », nous nous détournons d’un futur « de moins en moins intelligible et prédictible ». Les enquêtes répétées sont sans appel, personne ou presque n’a envie de vivre dans l’avenir. Nous aspirons tantôt à rester dans le présent tel qu’il est, tantôt à revenir à un « passé récent ». D’un côté, l’« impératif hédoniste » de jouir du monde qui est le nôtre et d’en « ralentir » la fuite en avant vers la catastrophe ; de l’autre, le désir vague d’un retour en arrière – mais de quelques décennies seulement. Ce ne sont pas les siècles lointains qui séduisent les imaginaires. La période des années 1980 est particulièrement plébiscitée, y compris par ceux « qui ne l’ont pas vécue ». En un sens, ce passé proche est un quasi-présent que nous pouvons encore toucher du doigt, une image magnifiée de ce qu’était un présent heureux il y a peu. C’est donc bien en définitive, pour Gérald Bronner, le présent qui prédomine : « Notre présent dévore donc notre futur tout autant que notre passé. […] Le présent est devenu si compact que son champ gravitationnel absorbe notre imaginaire et dévitalise le futur. »